Bukavu, la piraterie pénalise le travail des artistes

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A Bukavu, chef lieu de la province du Sud Kivu, des œuvres d’artistes locaux sont reproduits illégalement dans des « maisons d’édition ». Ces boutiques, généralement en bois, reproduisent et vendent des musiques et films sans l’aval des artistes. Une pratique pourtant interdite par la loi. Au carrefour du rondpoint Essence dans la commune d’Ibanda, non loin du centre-ville de Bukavu, logent une dizaine de kiosques de reproduction et vente de disques de musiques et œuvres cinématographiques. ‘‘Je vends la musique locale, nationale et même internationale’’, s’est venté Moïse Mugaruka, tenancier d’un kiosque d’« édition ». Ce décor règne dans différents autre carrefour que regorge la ville de Bukavu. Equipées de grosses baffles placées juste à l’avant de l’entrée, ces « maisons d’éditions », comme les appellent les habitants du milieu diffusent, avec tapage, à longueur des journées des musiques et films pour attirer la clientèle. La vente et la reproduction des œuvres des artistes s’y opèrent à ciel ouvert sans qu’ils ne soient inquiétés.

Une violation du droit des auteurs
Selon Cicino Mweswa, acteur de théâtre au sein de la troupe théâtrale, « Mtu ni mtu », la présence des kiosques de duplication et vente des œuvres des artistes préjudicie la profession d’artiste dans la ville de Bukavu. « Nous avons produit une série de théâtres en vidéo. Mais dès que nous les avons mis en vente, ces maisons les ont reproduit et revendu à vil prix », regrette-t-il. Ainsi, « un DVD que l’on vendait à 10$ était vendu à 500 fc (0,5$ US) par ces maisons », précise l’artiste.
Ainsi, ces maisons font des profits derrière le dos des artistes. Pourtant, ceux-ci continuent à connaitre d’énormes problèmes financiers pour leur épanouissement. « On dépense notre argent pour faire le studio et produire des albums de musique. Mais à cause de la piraterie on n’arrive même pas à récupérer le peu d’argent qu’on a investi », ajoute pour sa part Antonio Enziwo, artiste de la musique chrétienne et évoluant à Bukavu. Si les artistes se plaignent de l’existence de ces maisons d’édition, leurs tenanciers se réjouissent eux de faire bonne affaire. «La vente des CD est un business qui prospère !,… »,se vante Gaël Bamporiki, tenancier d’un kiosque de reproduction et vente des DVD d’artistes au marché « Feu rouge » dans la commune d’Ibanda.
Pour tenir ces maisons, cela ne requiert pourtant pas grand-chose. « Il suffit d’avoir un ordinateur avec graveur et une baffle pour amplifier la musique. Cela aide à attirer les acheteurs», renseigne Bienfait Mugaruka, tenancier d’un kiosque de vente des CD au rondpoint du marché de Nyawera. Pour ce qui est de l’autorisation des artistes avant la reproduction de leurs œuvres, Bienfait Mugaruka est catégorique : «Je n’ai pas besoin d’avoir l’autorisation d’un musicien pour vendre ses chansons. Il suffit que je tombe sur une musique intéressante pour la multiplier et la vendre à mon tour. C’est la règle du business », affirme-t-il.
Ce qui révolte Gaylor Ngelesa, dit DJ Gaytt, artiste musicien et responsable de Jeunesse active, JEUNA, une association culturelle œuvrant à Bukavu. « En principe un artiste doit vivre de son travail. La multiplication illégale des œuvres d’esprit des artistes constitue ni plus ni moins qu’une violation des droits des artistes », insiste-t-il. Pourtant, la reproduction des œuvres d’esprit est règlementée en République démocratique du Congo.

Pour une implication des autorités
L’ordonnance-loi portant protection des droits d’auteurs et droits voisins punit en son article 97 d’un mois à un an de prison et d’une amende « la vente, l’exposition, la location, la détention, l’importation et l’exportation des œuvres ou objets contrefaits lorsque ces actes auront été en connaissance de cause et dans un but commercial». Pourtant, sur le terrain, la situation demeure préoccupante. « C’est chaque jour que l’on voit naitre de nouvelles maisons d’éditions. Celles-ci s’emploient à leur tour au piratage et la vente des œuvres des artistes », regrette DJ Gaytt.
Du côté des autorités, on reconnait cette situation. Selon Amuri Bin Nkusu, chef de division provinciale de culture et arts, des mesures sont en vue dans le but de décourager cette pratique. « Mais aussi les artistes doivent se faire enregistrer à la division de culture et arts pour qu’il soit protégé de la piraterie. », ajoute-t-il. Il invite par ailleurs les artistes à dénoncer les personnes impliquées dans le piratage de leurs œuvres pour qu’une sanction sévère soit prise à leur encontre.
Georges Mugisho

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