La mendicité : une affaire des enfants à Kinshasa

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Kinshasa connait depuis quelques années une nouvelle forme de la mendicité. Cette pratique reconnue aux personnes adultes est désormais l’apanage des adolescents en République Démocratique du Congo (RDC). Sur les artères de la capitale, les enfants mendiants sont en grand nombre et tendent la main aux passants pour demander de l’argent.
Ces adolescents ont pour premières cibles, les passagers qui descendent des véhicules de transport en commun. Dans leur démarche, ils visent les miettes (50 et 100 Francs congolais) restituée aux clients après la descente d’un bus ou taxi. Âgés de 6 à 14 ans, ces mineurs sont devenus les remparts économiques pour certains foyers kinois. Confondus aux enfants abandonnés, ces petits mendiants ont développé quelques astuces pour conquérir leurs proies.

Difficile de résister au charme
Yasmine Mpiana, 9 ans et sa sœur Gloria Mpiana âgée de 7 ans, sont installées aux abords du boulevard du 30 juin, non loin de l’arrêt de bus Galerie Présidentielle, au cœur du centre ville de Kinshasa. Elles observent les véhicules qui passent devant elles sur le Boulevard du 30 juin. Une voiture-taxi de marque Toyota s’arrête et dépose deux passagers à quelques pas d’elles. A l’instant même, les deux adolescentes se déploient en se dirigeant chacune vers les clients descendus de ce taxi. Sans tergiverser, la plus jeune s’accroche à la main d’un des deux passagers. C’est un homme d’une trentaine d’années. Les deux mains collées sur le bras droit du passager, elle le supplie de lui remettre de l’argent. ‘‘Donnes-moi de l’argent, je veux acheter un pain’’, insiste-t-elle. Surpris par ce geste réservé aux personnes proches, l’homme sort sans hésiter un billet de 200 francs congolais qu’il remet à l’enfant. ‘‘Ça ne nous suffira pas’’, hausse le ton la fillette avant de lui signifier qu’elle était accompagnée de sa sœur. Emporté par le charme de la petite fille, il sort un deuxième billet, cette fois-ci de 500 franc congolais et réussit à se débarrasser d’elle. Contente de la somme empochée, Gloria Mpiana laisse libre le jeune homme. Plus loin de là, dans la commune de Kintambo, la même réalité est de mise à la place Kintambo-Magasin. Didier Muela, 9 ans et son frère Samy Kizowa, 11 ans, sont orphelins de père et vivent dans une maison de famille aux cotés de leur mère. Faute des moyens, ils ne vont plus à l’école depuis le décès de leur père. Plongés dans cette situation depuis plus d’une année, ils recourent à la mendicité pour trouver de quoi mettre sous la dent. Loin de leur mère, ils se pointent à longueur des journées devant les restaurants, magasins, alimentations et les arrêts de bus pour faire le mendiant. Pour eux, ces lieux les plus fréquentés sont les plus rentables. ‘‘Ici au moins, on est sûr d’avoir quelque chose parce que tous ces qui se pointent dans ces endroits ne manquent jamais d’argent. Beaucoup d’entre eux, finissent par compatir à notre situation’’, a expliqué Didier Muela. Pour gagner de l’argent, ces enfants multiplient des stratégies. Avec des paroles émouvantes, ils procèdent par différentes formules telles que ‘‘Je tremble de faim’’, ‘‘Je n’ai pas encore mangé depuis hier’’ ou encore ‘‘Je mourrai de faim si vous ne m’aidez pas’’.

Tout Kinshasa conquis
Appelé aussi ‘‘Choc’’ ou ‘‘Likopa’’ par les pratiquants, ce phénomène enregistre de plus en plus des candidats enfants et s’élargit progressivement dans toutes les communes de Kinshasa. Kalamu, Barumbu, Kintambo, Gombe et N’Djili sont les plus citées. Ayant compris leur manigance, certains kinois se refusent carrément de leur venir en aide. ‘‘Ils ont une famille, c’est inutile d’encourager le mal’’, a expliqué Wivine Tshela, mère des deux enfants habitant non loin du Rond-point Kintambo-Magasin. Pour elle, c’est à cause de l’irresponsabilité de certains parents que ces enfants envahissent les rues de Kinshasa. Malheureusement, déplore-t-elle, cela se passe sous l’œil impuissant des autorités municipales qui sont censées protéger ces enfants. Pendant ce temps, l’article 41 de la Constitution indique que ‘‘Tout enfant mineur a le droit de jouir de la protection de sa famille, de la société et des pouvoirs publics. L’abandon et la maltraitance des enfants sont prohibés et punis par la loi’’.
Muyar/Sifa Kaleta

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