L’artiste congolais Bodys Isek Kingelez a tiré sa révérence

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Ses maquettes complexes et chatoyantes avaient illuminé l’exposition Magiciens de la Terre, sous la houlette de Jean Hubert Martin et André Magnin au Centre Pompidou et à La Villette. En 2002, il était l’un des artistes phares de la Documenta de Cassel, conçue par Okwui Enwezor. Monument de l’art congolais, Bodys Isek Kingelez s’est éteint samedi 14 mars à Kinshasa à l’âge de 67 ans.

« C’était un visionnaire génial qui, du cœur du chaos de Kinshasa, a voulu mettre l’art au service de la communauté », insiste le marchand et commissaire d’exposition André Magnin, qui l’avait rencontré en 1987. Et d’ajouter : « J’avais visité une cinquantaine d’artistes. L’architecte Christian Girard m’avait dit d’aller voir Kingelez. Quand j’ai découvert son travail, ça n’a pas fait un pli. C’était évident qu’il était un créateur majeur. »

Né en 1948 dans le village de Kimbembele Ihunga, Kingelez enseignera au lycée jusqu’en 1977. Deux ans plus tard, il présente une première maquette au musée de Kinshasa. « Le musée au début n’avait pas cru qu’une telle œuvre pouvait être de lui, raconte André Magnin. On lui a dit de rester là le temps d’en fabriquer une autre, pour prouver qu’il en était bien l’auteur. Au bout du compte, on l’a engagé comme restaurateur du musée. »

Utopies réalisables

Il y restera jusqu’en 1985, avant de se consacrer pleinement à ce qu’il nommait ses « architectures maquettiques », composées de carton, papier et plastique. En 1994, en contrepoint à l’urbanisation débridée de Kinshasa, il réalise ses villes imaginaires, vertigineuses et syncrétiques combinant tous les styles possibles. Il en composera moins d’une dizaine, aujourd’hui dans les collections de Jean Pigozzi, de la Fondation Cartier à Paris, de la Fondation Ludwig à Cologne et du Musée international des arts modestes à Sète.

Chaque cité façonnée dans un état de concentration proche de la transe exigera six à douze mois de travail minutieux. Derrière la séduction de ses architectures chimériques se niche une vraie critique sociale. Les villes idéales, sans police ni cimetière, sans trafic ni engorgement, semblent hautement improbables ? Pour Kingelez, il s’agissait d’utopies réalisables. « C’était un projet esthétique et politique, souligne André Magnin. Il pouvait en parler sans discontinuer pendant des heures, inventant les mots comme les architectures, en jonglant entre le Français et le Lingala. »

Dans la droite lignée d’un Léonard de Vinci, Kingelez considérait l’art comme cosa mentale : « Pour moi, l’art est un produit rare d’une grande pensée… un haut savoir, un vecteur de renouveau individuel qui participe de l’avenir meilleur du collectif. »

L’Objectif/RA

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