Troisième mandat : Rentrerons-nous vraiment dans l’histoire

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En déclarant en 2007 à Dakar que l’homme africain n’était pas assez rentré dans l’histoire, l’ex-président français Nicolas Sarkozy n’avait pas vraiment arrangé sa situation auprès d’une opinion africaine de plus en plus hostile à ce genre de leçons. De Bamako à Pretoria, les intellectuels s’étaient alors mobilisés pour dénoncer une insulte à l’Afrique. Je suis de cet avis. Mais en analysant ces propos avec des lunettes non partisanes, et à l’aide de l’évolution du monde qui nous entoure, il y a peut-être matière à réflexion.

Ils parlent économie, on s’occupe des constitutions
En effet, l’histoire écrit tous les jours ses pages. Celles d’aujourd’hui sont contrastées entre l’Afrique et le reste du monde. Voilà des semaines que l’Europe cherche à éviter la sortie de la Grèce de la zone Euro. Garder l’union monétaire malgré une nouvelle austérité que vont subir les grecs. Voilà qui préoccupe les dirigeants européens. La stabilité de leurs économies en a besoin. Et quand à Bruxelles le sort de la Grèce se décidait, à Genève, au même moment, un autre accord ouvrait l’horizon sur le nucléaire iranien. Loin d’être uniquement une question sécuritaire, la question du nucléaire est un véritable enjeu économique. La France par exemple, déjà présente à Téhéran de manière informelle avec la marque Peugeot, compte bien étendre sa coopération avec la république islamique, même si, ce sont les États-Unis, en première ligne dans les négociations, qui tireront davantage profit de la levée des sanctions économiques sur le pays de l’Ayatollah. Avec ses riches ressources naturelles, 4ème producteur du pétrole au monde et 2ème réserve mondial du Gaz, l’Iran saura bientôt récompenser ces pays qui le sortent d’un embargo vieux de 35 ans.
Pendant ce temps-là, l’Afrique, elle, s’occupe du ‘‘pouvoir’’. Alors qu’on n’a pas encore fini de résoudre le Cas du Burundi, désormais au bord d’une nouvelle guerre civile, sans surprise, le Rwanda entre dans la danse du 3ème mandat. Et Paul Kagame dont le parlement s’apprête à voter une réforme constitutionnelle en vue de faire sauter le verrou de limitation des mandats, a de quoi se faire envier à Kinshasa ou encore à Bujumbura. Non seulement, le parlement lui est totalement acquis, l’homme fort de Kigali a, en plus, ‘’son peuple’’ derrière lui avec une pétition signée, nous a-t-on dit, par plus de 4 millions des rwandais réclamant son maintien au pouvoir. Sacré Kagame! RDC, Congo Brazza ou encore le Cameroun un peu plus au Nord de l’Afrique centrale, dans ces pays, les 3 dernières années sont restées tétanisées par le débat sur la constitution et luttes des pouvoirs. Quand à chaque trimestre, les États-Unis ou la France publient les chiffres de chômage pour sans doute chercher à y remédier, personne ne sait combien sont sans emploi au sud de la méditerranée. Ce n’est pas la priorité des dirigeants africains. Sont-ils vraiment rentrés dans l’histoire de ce point de vue? La question peut se poser. Certes les grandes démocraties ont mis du temps à devenir ce qu’elles sont aujourd’hui. Mais l’Afrique aussi commence à prendre de l’âge. Ça fait 60 ans qu’elle est indépendante. Un demi-siècle c’est beaucoup n’est-ce pas? Il peut servir à améliorer la vie des populations par exemple. Car au moment où le peuple est invité à serrer la ceinture pour un lendemain meilleur, à attendre les fruits de la croissance qui tardent à venir, ministres et mandataires publics eux n’attendent pas pour s’enrichir à une vitesse vertigineuse. Qu’en est-il aujourd’hui de cette plainte, disons cette dénonciation spectaculaire du chef de l’État sur la corruption?
Rentré dans l’histoire c’est savoir aussi s’occuper de sa population. Dans son discours incriminé, Sarkozy avait commencé par rappeler l’apport de la colonisation aux anciennes colonies : Ponts, hôpitaux, routes, écoles etc. Combien des pays gardent encore les enfants d’aujourd’hui dans les vestiges coloniaux souvent mal entretenus ? 60 ans après, combien gardent encore la main tendue vers l’ancien colonisateur pour lui demander de quoi éduquer ses propres enfants ? En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara tente lui de s’inscrire dans l’histoire en décrétant à partir de septembre prochain l’école obligatoire pour tous les enfants de 6 à 16 ans. C’est tout à son honneur. Lui qui est arrivé au pouvoir après une élection controversée et avec le soutien de… Sarkozy, va-t-il se racheter pour rentrer dans l’histoire ?
Cette Histoire, il est possible d’y rentrer. Comme l’écrit d’ailleurs Marie Darrieussecq, l’africain est dans l’histoire depuis bien longtemps. Mais son histoire. Celle de Wole Soyinka ou de son contemporain, nigérian comme lui, Chinua Achebe dont l’occident ignore la modernité, mais pas seulement. Les dirigeants africains actuels aussi l’ignorent. Après l’exécution des conjurés en 1966, le Maréchal Mobutu justifiait devant les caméras occidentales, une sanction réservée à ceux qui défient le ‘’chef’’. 40 ans plus tard, Blaise Compaoré sur la même ligne, contestait la théorie de Barack Obama d’institutions fortes en lieu et place d’hommes forts. Car pour lui l’Afrique n’avait besoin que de ”ses hommes forts” et rien d’autre. La suite pour l’ancien maitre de Ouaga, on la connaît.
Le guide suprême, le bâtisseur, le pacificateur…peut l’être davantage s’il s’efface au profit des politiques profitables à la population. Car l’histoire, celle de la démocratie, l’Afrique l’écrit en tout cas différemment, au profit des plus forts et au détriment des plus pauvres. Souvent cité pour brandir l’argument de l’homme africain qui est déjà dans l’histoire, Léopold Cedar Senghor, père de la Négritude, aurait lui-même préféré voir l’homme noir participer à la civilisation globale, tout en gardant sa propre sensibilité. Le respect dû au ‘’chef’’ de Mobutu par exemple, les africains ne verraient aucun inconvénient à préserver cette ‘’valeur’’ malgré la démocratie. Quant à l’alternance politique, elle semble bien appartenir à ces pages d’histoire que l’homme africain a du mal à remplir et le débat est loin d’être terminé.
Yvon Muya.

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1 commentaire

  • Françoise Bansuya Sifa

    Je pense, la plupart de nos dirigeants africains actuels qui auront une longue vie (comme celle que Dieu a accordé à Mandela) auront toujours à rougir de honte à chaque fois qu’il sera question de mentionner leurs noms ou l’époque durant laquelle ils ont étés au pouvoir. Quelle est leur manière d’écrire l’histoire? Que diront-ils à leurs petits-enfants ? Le 18 juillet dernier le monde a fêté la Journée Internationale Nelson Mandela. Et en pensant à Mandela, tout le monde a de quoi être fier de cet africain qui a su défendre l’intérêt du peuple, l’intérêt général, l’intérêt de tous. Qui est ce dirigeant africain d’aujourd’hui, surtout parmi les partisans du 3ème mandat, qui pourra espérer un jour avoir son nom cité avec tant d’honneur pendant ou après sa mort? Merci Yvon pour cette analyse élargi à un large public qui n’a pas forcement accès à internet.

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