Du 1er avril au 25 juillet, la République Démocratique du Congo a connu 115 jours d’une politique statistique marquée par un immobilisme flagrant et une approche rétrograde, sous la houlette d’une Première Ministre dont les choix semblent plus inspirés par la nostalgie d’un passé révolu que par une vision audacieuse pour l’avenir.
Alors que le pays se débat avec des défis socio-économiques colossaux, la gestion de la statistique, élément vital pour une gouvernance éclairée, a été reléguée au rang d’un simple exercice de communication. Dans un monde où les données sont devenues le moteur des décisions stratégiques, Judith Suminwa s’est illustrée par une politique qui semble tirée d’un manuel des années 1980.
Les chiffres, loin de refléter une réalité dynamique, sont présentés de manière à masquer les lacunes et à embellir une situation déjà précaire. Dans un pays où la corruption gangrène les institutions, il est paradoxal de constater que la transparence et l’intégrité des données statistiques n’ont jamais été aussi compromises par le nouveau gouvernement de la RDC.
Les 115 jours de gouvernance ont été marqués par une réticence à publier des statistiques fiables sur la pauvreté, la santé, les investissements productifs, la fiscalité des entreprises ou encore l’instruction publique. Au lieu de cela, les rares chiffres divulgués ont été soigneusement sélectionnés pour servir un discours politique qui évoque une prospérité illusoire.
Les véritables enjeux, tels que la malnutrition infantile ou l’accès à l’eau potable, ont été soigneusement évités, comme si leur invisibilité pouvait les faire disparaître. Le choix de privilégier une approche archaïque de la collecte et de l’analyse des données est d’autant plus incompréhensible qu’il existe des outils modernes et des méthodologies innovantes capables de transformer la gestion statistique en RDC.
Les plateformes numériques, par exemple, pourraient révolutionner l’accès à l’information et favoriser une plus grande participation des citoyens. Au lieu de cela, la Première Ministre semble se complaire dans une routine bureaucratique qui étouffe l’innovation et l’engagement civique. L’absence de collaboration avec des institutions académiques ou des organisations internationales a également été frappante.
Ignorer les savoirs et les expertises disponibles, c’est faire le choix d’une politique isolée, ancrée dans un nationalisme stérile. Ce manque de vision s’accompagne d’une déconnexion totale des réalités vécues par les Congolais au quotidien, renforçant un fossé déjà béant entre le gouvernement et la population.
Il est temps pour la société civile, les chercheurs et les acteurs du changement de se lever contre cette politique statistique rétrograde qui ne fait que perpétuer un cycle d’inefficacité et de désespoir. Les statistiques ne sont pas de simples chiffres ; elles sont le reflet de vies, d’espoirs et de luttes. Les Congolais méritent des données qui éclairent leur réalité, qui nourrissent des politiques publiques justes et équitables.
Les 115 jours de la Première Ministre à la tête de la Primature de la RDC auront été une période d’errance au pays des statistiques désincarnées. Une période où l’arrière-garde a pris le pas sur l’avant-garde, où l’archaïsme s’est affiché comme un choix délibéré. Il est urgent de renverser cette tendance pour bâtir une République Démocratique du Congo qui, enfin, aura les chiffres pour témoins de son progrès et des espoirs de son peuple.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













