Résident permanent, père de quatre enfants, mais toujours noir aux yeux de la douane de Roissy CDG transformée en zone de non-droit. Il est 11h08 ce dimanche 5 avril 2026, dans le TGV INOUI 9854 reliant Paris CDG à Bruxelles-Midi. Un passager noir, résident permanent belge depuis vingt-cinq ans, père de quatre enfants belges tous nés en Belgique, produit tranquillement ses documents – passeport, carte de résidence, billet de train.
Tout est en règle. Tout est clair. Tout devrait être terminé en trente secondes. Mais non. Parce qu’un agent de la douane française, en uniforme et en pleine possession de son arrogance, décide que ce voyageur venu de Porto au Portugal via Paris mérite un traitement spécial. Pas un contrôle aléatoire – un acharnement. Plus de cinq fois l’agent dont le zèle excessif n’a d’égale que sa propre ignorance demande combien d’espèces transporte cet homme.
Plus de cinq fois la réponse tombe, polie, claire : zéro euro, uniquement des cartes bancaires. L’agent insiste sur la provenance. Exige le billet d’avion Porto-Paris dans un train Paris-Bruxelles. Il l’obtient. Ne trouve rien. Et lance, comme une menace à peine voilée : “À bientôt au Terminal 2E.” Sauf que les vols européens à Roissy CDG atterrissent au Terminal 2F. Le 2E, c’est pour les vols extra-européens et hors de l’Union Européenne. Pour l’Afrique, en particulier.
Ce douanier n’a pas fait un lapsus. Il a livré un programme. Car ce passager, il le connaît déjà. Il lui a déjà confisqué 2.000 dollars – parfaitement légaux, en dessous du seuil des 10.000 autorisés – simplement parce que, venant d’Afrique, “personne ne peut avoir 2.000 dollars”. La logique est implacable : noir + provenance africaine présumée = coupable par défaut. Les papiers, la résidence permanente belge de vingt-cinq ans, les enfants belges, le billet d’avion, le trajet régulier, rien n’y fait.
L’uniforme a décidé. Et l’uniforme ne doute jamais. Ce n’est pas un contrôle, c’est une chasse à l’homme à bas bruit, systématique, méthodique, révoltante. Et ce passager a eu le courage, après avoir subi l’humiliation, d’aller voir les collègues de cet agent pour exiger une remontée. Ses documents sont alors photographiés. Le Défenseur des droits et le responsable inter-régional des douanes de la région Île-de-France sont désormais saisis par courriers recommandés.
Reste à savoir si la République française, si fière de ses principes, daignera reconnaître que, dans l’un de ses aéroports les plus emblématiques, certains agents se comportent comme des petits chefs en zone occupée. Parce que quand un douanier vous dit “à bientôt au Terminal 2E”, il ne vous souhaite pas bon voyage. Il vous promet une prochaine fouille. Et ça, monsieur le Directeur général des douanes, ça ne s’appelle plus du zèle. Ça s’appelle du harcèlement d’État.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













