Alors que la RDC compte plus de 450 tribus, une enquête récente du Journal l’Objectif et CongoProfond révèle que 67 % des étudiants disent avoir subi des discriminations liées à leur origine. Mariages empêchés, blagues déplacées en cours, freins à l’embauche : derrière le discours officiel d’unité nationale, le poids des origines reste un marqueur social puissant.
“J’ai dû rompre mes fiançailles. Ses parents ne voulaient pas d’un “Luba” dans la famille”, confie Patrick, 24 ans, étudiant en droit à l’Université de Kinshasa. Comme lui, des centaines de jeunes couples se heurtent à ce que les sociologues appellent “l’endogamie tribale”. En République démocratique du Congo, la diversité ethnique, censée être une richesse culturelle, se transforme souvent en un système de harcèlement social ordinaire.
Loin des discours politiques sur l’unité nationale, le quotidien des amphithéâtres et des marchés est rythmé par les sous-entendus et les stéréotypes. Ce rejet de l’autre contraste pourtant avec la promiscuité des villes congolaises. Dans les embouteillages de Limete ou les marchés de Goma, toutes les communautés se côtoient et partagent les mêmes difficultés d’accès à l’eau ou à l’électricité.
On mange le même fufu, on subit les mêmes coupures de courant, mais dès qu’il s’agit de confier un poste ou d’accepter une belle-fille, les barrières invisibles se dressent. Cette schizophrénie sociale touche particulièrement les milieux professionnels et religieux, où des paroisses entières se structurent parfois autour de l’origine des fidèles. Pour la jeunesse, l’enjeu est économique autant que sentimental. Interrogé, le professeur Ngunapo historien, prévient :
“Une jeunesse qui raisonne en termes de quota tribal plutôt qu’en termes de compétences est une génération qui hypothèque le développement du pays.”
Face à ce constat, des initiatives émergent. Sur les réseaux sociaux, des pages comme “Balai Citoyen RDC” tentent de déconstruire les préjugés avec humour, tandis que des associations organisent des débats intercommunautaires dans les campus. Reste à savoir si ces actions parviendront à briser un tabou si profondément ancré qu’il décide encore de qui on a le droit d’aimer.
Suzanne Ngulandjoko / Stagiaire UCC













