La septième audience du procès opposant Philémon Mambabwa aux enfants Mushobekwa a projeté une lumière crue sur les éléments médicaux du dossier, offrant un premier décalage entre la gravité des faits dénoncés et leur traduction clinique. Entendu en qualité de renseignant, le docteur Yengi Mbuta Dosh Junior, médecin généraliste à l’hôpital Diamant, a confirmé avoir examiné les deux jeunes plaignants le soir même des faits, aux alentours de 22 heures.
Son constat est sans appel sur le plan de la qualification des blessures : il s’agissait de “contusions musculaires” consécutives à un choc direct, mais dont la nature ne présentait, selon ses propres termes, “rien de particulier” sur le plan critique. C’est ce qui avait conduit à la prescription des antalgiques dont les “Paracétamol et Doliprane”. Mais le clou du problème résidait sur le fait que le document versé à la Cour porte la mention P.O et non le nom de ce dernier médecin.
La cour a toutefois pris acte du versement au dossier d’une clé USB contenant les images des lésions, fournies par la partie civile, dont l’exploitation ultérieure sera scrutée au regard de la sobriété du diagnostic oral livré à la barre. Le second temps fort de l’audience a résidé dans les déclarations en miroir de Marie-Ange Mushobekwa et de Clément Kanku Bukasa wa Tshibwabwa, parrain des adolescents.
La mère des plaignants a livré un récit alarmant de sa matinée du 22 décembre 2025, affirmant que Philémon Mambabwa lui aurait remis ses enfants en évoquant une “petite correction” tout en proférant des menaces de mort réitérées. Une version immédiatement battue en brèche par le témoignage du parrain Honorable Clément Kanku Bukasa wa Tshibwabwa, présent lors de la remise des jeunes gens.
Ce dernier a en effet déclaré n’avoir ni entendu de telles menaces ni aperçu la moindre arme ce jour-là, installant une contradiction frontale au cœur même du camp des parties civiles. Par ailleurs, la chronologie médicale avancée par la mère ( récupération des enfants vers 10h et consultation à 22h) – une dégradation de l’état de santé de ses fils survenue dans la journée, motivant une consultation hospitalière dans la nuit.
Elle se serait endormie pour se réveiller à 15h selon son témoignage à la Cour. Ce qui interroge sur le délai de réaction face à des violences qu’elle qualifie pourtant d’une extrême gravité. Enfin, la révélation d’une tentative de conciliation portée par un ami d’enfance du prévenu, John Kanyoni Nsana, dont l’audition est attendue lors de la prochaine audience, ajoute une couche d’ambiguïté au dossier. Marie-Ange Mushobekwa affirme avoir refusé toute transaction pour laisser la justice trancher.
Mais elle reconnait avoir présenté des excuses en quittant la résidence Mambabwa – un geste qu’elle attribue à l’éducation plutôt qu’à un aveu. Cette succession de déclarations discordantes, associée à un bilan médical qui peine à objectiver la violence extrême dénoncée, érode progressivement le monolithe accusatoire initial. Il y a à ce stade à noter le fait Claudien Likulia et Sakina sont attendues pour le jeudi 16 Avril 2026.
Alors que l’audition de John Kanyonyi est désormais présentée comme un tournant potentiel, la cour devra déterminer si elle est face à un déchaînement de violence prémédité ou à une altercation nocturne dont la gravité a été amplifiée par le prisme émotionnel des familles. Plusieurs autres noms ont été cités par Madame Marie-Ange comme probables renseignants (Les généraux Mukutu et Tonda, le général Kale Kabasele des services spéciaux, l’AG de l’ANR, le VPM Jacquemain Shabani et le Ministre d’État Guillaume Ngefa).
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













