C’est une interpellation qui n’a fait ni bruit ni communiqué, mais dont les ondes de choc traversent déjà les états-majors. Le Lieutenant-Colonel Willy Mihigo, alias “Secoper”, a été arrêté par la maison militaire à son domicile de la Cité de l’OUA, un quartier pourtant réputé imperméable aux opérations de ce type. Ancien agent de la DEMIAP, le renseignement militaire congolais, cet officier au profil technique n’est pas un simple soldat égaré.
Il est le plus jeune frère de Laurent Nkundabatware, figure tutélaire du RCD puis du CNDP, dont le nom reste associé aux cycles de rébellion qui ont déchiré l’Est du pays. Mais c’est moins son patronyme que son parcours récent qui le place aujourd’hui au cœur d’une enquête aux ramifications encore obscures. Sorti de la prison militaire de Ndolo où il avait été incarcéré pour avoir rejoint les rangs du RDF/M23 après la prise de Goma en 2012, Willy Mihigo vivait depuis lors dans un statut ambigu, celui d’un officier en disponibilité.
Ni totalement réintégré dans les cadres actifs des FARDC, ni formellement radié, il évoluait dans une zone grise que ses détracteurs qualifient de position d’attente. Cette situation lui a permis de préserver des accès, d’entretenir un carnet d’adresses et, surtout, de conserver une connaissance intime des rouages du renseignement militaire. Pour les services qui l’ont formé, un tel profil n’est jamais tout à fait inoffensif. Les inquiétudes se sont cristallisées autour de deux proximités jugées compromises.
La première le lie au Lieutenant-Colonel Patrick Sasa Nzita Lusala, ancien chef militaire Maï-Maï Yakutumba, dont les alliances fluctuantes avec les forces négatives et certains appareils de renseignement étrangers sont régulièrement dénoncées. La seconde, plus immédiate, le connecte au Lieutenant-Colonel Justin Bahati, arrêté le 15 février 2025. Les deux hommes entretenaient des liens opérationnels discrets mais constants.
Justin Bahati, lui aussi issu du sérail du renseignement, est soupçonné d’avoir activement participé à la reconstruction de réseaux dormants en appui au RDF/M23. L’arrestation de Willy Mihigo, moins de trois semaines après celle de son compère, dessine ainsi la trame d’un possible démantèlement en cours. Ce que cette affaire révèle avec acuité, c’est la hantise, au sommet de l’État, d’une infiltration silencieuse mais structurée. Le “dormeur” n’est pas une figure de roman d’espionnage.
C’est un agent qui connaît les codes, les cibles prioritaires et les angles morts du système qu’il est censé servir. En état de disponibilité, il conserve des réflexes professionnels et des accès résiduels que rien, sinon la surveillance active, ne peut neutraliser. L’intervention directe de la Maison militaire, plutôt que des chaînes classiques de la justice militaire, signale que le pouvoir considère ce dossier comme stratégique et politiquement inflammable. Reste à déterminer la nature exacte du danger qu’incarnait Willy Mihigo au moment de son arrestation.
Était-il un simple survivant des anciennes rébellions, maintenu en lisière par commodité administrative ? Ou constituait-il une pièce réactivée dans un dispositif de renseignement parallèle visant à fragiliser les FARDC de l’intérieur ? Les auditions à venir devraient trancher. Mais une certitude habite déjà les étages du ministère de la Défense : dans ce genre d’affaire, l’homme qu’on arrête vaut souvent moins que ceux qu’il finira, pour sauver sa peau, par désigner.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













