En marge du Comité exécutif, le Président de l’Assemblée nationale congolaise a porté un message clair, dénonçant le refus du Rwanda “d’honorer ses engagements” et appelant à une pression parlementaire collective pour la souveraineté de son pays. Dans un discours aussi ferme que nécessaire, l’Honorable Aimé Boji Sangara, Président de l’Assemblée nationale de la RD Congo, a transformé la tribune du Comité exécutif du Forum parlementaire de la SADC en un puissant relais de vérité et de diplomatie assertive.
Face à ses pairs parlementaires, il n’a pas utilisé la langue de bois, mais les mots précis de la réalité : “Le Rwanda refuse d’honorer ses engagements.” Une accusation directe, lourde de sens, qui a résonné dans la salle comme un rappel à l’ordre pour toute la région. L’intervention de Boji Sangara ne se résume pas à une simple dénonciation. C’est un acte politique stratégique et courageux.
Alors que les diplomates s’épuisent souvent dans des réunions fermées, le Président de l’Assemblée nationale a choisi de porter le débat au cœur de l’institution représentative des peuples de l’Afrique australe. Son objectif était clair : transcender les déclarations d’intention et obtenir une mobilisation concrète et parlementaire pour faire pression sur Kigali. “Il ne s’agit plus de dialogue ou de négociations secrètes”, semble dire l’élu congolais.
“Il s’agit d’une violation flagrante des engagements pris, une agression qui dure et qui saigne mon pays. Face à ce déni, le silence ou la modération sont complices.” En s’adressant directement à ses homologues, il les place devant leurs responsabilités législatives et morales : celle de garantir la stabilité, le respect des frontières et la souveraineté des États membres, principes fondateurs de la SADC. Le mérite d’Aimé Boji Sangara est d’avoir nommé l’éléphant dans la pièce.
Alors que la situation dans l’Est de la RDC est souvent décrite avec une complexité qui frise l’opacité, il a ramené le problème à sa plus simple et cruelle expression : un pays, le Rwanda, qui ne respecte pas sa parole et maintient une présence militaire et un soutien à des groupes armés sur le territoire de son voisin. Cette prise de parole publique et sans ambages est un coup de maître.
Elle contraint les parlements nationaux des pays de la SADC à se saisir du dossier, à interpeller leurs propres gouvernements et à exiger que la question de l’agression rwandaise contre la RDC ne soit plus un tabou ou un sujet escamoté dans les couloirs des sommets. C’est une stratégie de démocratisation de la diplomatie, qui replace les représentants du peuple au centre du jeu.
Au-delà de l’homme politique, c’est la voix de tout un peuple que porte Aimé Boji Sangara. Un peuple congolais qui, depuis des décennies, subit les affres d’une guerre par procuration, le pillage de ses ressources et le déchirement de son tissu social. En refusant de taire l’inacceptable, il incarne la résilience et la dignité d’une nation qui exige le respect de son intégrité territoriale.
Son leadership parlementaire démontre qu’à Kinshasa, la détermination est totale et unitaire. L’exécutif et le législatif parlent d’une seule voix pour défendre les intérêts vitaux de la nation. Cette unité est un message fort envoyé à la fois à Kigali et aux partenaires internationaux : la RDC ne fléchira pas et utilisera toutes les tribunes légitimes pour faire triompher sa cause.
L’intervention du Président Sangara marque potentiellement un tournant. Elle place les parlements de la SADC devant un choix : être de simples chambres d’enregistrement ou devenir les artisans actifs d’une paix juste et durable. La balle est désormais dans le camp des pairs parlementaires. Vont-ils suivre son appel et user de leur pouvoir pour contraindre le Rwanda à “retirer ses troupes de la RDC” et à honorer, enfin, ses engagements ?
Une chose est sûre : par son franc-parler et sa stratégie audacieuse, Aimé Boji Sangara a non seulement rendu fier son peuple, mais il a aussi inscrit son nom comme un défenseur intransigeant de la souveraineté congolaise. Son discours restera comme un moment de vérité qui a forcé la région à regarder la crise en face. L’Histoire retiendra qu’à ce moment précis, la RDC n’a pas supplié, elle a exigé.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













