Ali Bongo, l’ex-président du Gabon, ce monument du cynisme politique. Après des mois de silence, voilà qu’il daigne se manifester pour annoncer son « renoncement définitif » à toute ambition nationale, comme si sa présence sur la scène politique n’avait pas été une farce en elle-même. De quoi se mêle-t-il ?
Est-il vraiment en position de donner des leçons de morale à quiconque, alors que son règne a été synonyme de corruption, de détournements de fonds et de souffrances pour son peuple ? Son communiqué, transmis par son avocate, est un chef-d’œuvre de manipulation émotionnelle. Tout d’un coup, c’est la clémence qu’il invoque pour sa famille, emprisonnée à cause de « violences » qu’il ose qualifier de « tortures ».
C’est presque touchant, n’est-ce pas ? Mais n’oublions pas que ce même homme a régné sur un pays où la violence institutionnelle était monnaie courante, où la torture et l’oppression étaient des outils de gouvernance. Qui aurait cru qu’un jour, le tyran déchu pleurerait pour sa propre chair ? Quelle ironie ! Bongo appelle à « l’apaisement » et à « renoncer à la vengeance », comme s’il était le grand sage de la situation.
Mais quel apaisement compte-t-il proposer ? Celui de ses années de règne où il a préféré les intérêts de sa famille à ceux de son peuple ? Ou celui des clivages qu’il a lui-même contribué à créer dans un pays où la corruption était érigée en art de vivre ? Que de belles paroles, mais il est difficile de ne pas voir en elles un simple écho de desespoir.
Et que dire de sa reconnaissance des « insuffisances » de sa gestion politique ? Un aveu tardif, c’est le moins que l’on puisse dire. Son règne a été un long fleuve de promesses non tenues et de discours creux, un véritable festival d’insouciance à l’égard des souffrances du peuple gabonais. Assumer la responsabilité ? Aurait-il pu commencer par cela, au lieu de se vautrer dans le luxe et l’opulence pendant que son pays s’enfonçait lentement dans la misère ?
Quant à son isolement et sa « non-liberté », c’est un peu le comble pour celui qui a longtemps contrôlé la vie politique gabonaise d’une main de fer. Peut-on vraiment croire qu’il souffre de son isolement, alors qu’il a été le principal architecte d’un régime qui a étouffé toute forme de d’opposition ? Il s’est construit une bulle de confort pendant des années, et maintenant qu’il est confronté aux conséquences de ses actes, il joue la carte de la victime.
Et pendant ce temps, sa famille croupit en prison, accusée de crimes qui, il faut l’admettre, semblent couler de source dans le contexte de sa dynastie. L’ancienne première dame et son fils, icônes d’un système corrompu, se retrouvent aujourd’hui à la merci de la justice. Mais la question demeure : qui se soucie réellement de leur sort, alors qu’ils ont été les complices d’un système profondément injuste ?
Le « renoncement » d’Ali Bongo n’est rien de plus qu’un dernier acte d’une pièce de théâtre tragique. Une tentative désespérée de sauver les apparences à une époque où son nom est désormais synonyme de déception et de désespoir pour tant de Gabonais. Et qu’il le veuille ou non, son héritage ne sera pas celui d’un homme d’État, mais celui d’un roi déchu, dont le règne n’a laissé derrière lui qu’une traînée de désillusion.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













