Amnesty International, cette sentinelle autoproclamée des droits humains, vient de publier un nouveau rapport accablant sur le RDF/M23, ce mouvement terroriste rwandais, qui sévit dans l’Est de la RD Congo. Tortures, exécutions sommaires, disparitions forcées, conditions de détention inhumaines. Un cirque de l’horreur bien rodé et rien de bien nouveau sous le soleil congolais.
Si ce n’est la répétition lancinante d’une litanie de crimes que le monde feint de découvrir à chaque rapport. Le directeur régional d’Amnesty, Tigere Chagutah, déclare, avec une solennité qui frise la parodie : « Les déclarations publiques du RDF/M23 sur le rétablissement de l’ordre masquent leur traitement ignoble des détenus ». Bravo, Monsieur Chagutah, voilà une révélation aussi surprenante qu’un coucher de soleil en Afrique.
Depuis quand un groupe armé terroriste, soutenu et entretenu par le Rwanda, dont le rôle est pourtant un secret de Polichinelle, se soucie-t-il des conventions de Genève ? Amnesty a recueilli les récits de 18 anciens détenus, tous hommes, victimes de sévices dans les geôles du RDF/M23 à Goma et Bukavu. Huit d’entre eux ont vu des codétenus mourir sous la torture ou à cause des conditions de détention.
Des cellules surpeuplées, absence de soins, nourriture inexistante, et sanitaires dignes d’un cauchemar médiéval. Un ancien détenu raconte : « Les gens buvaient leur propre urine. Les jours de pluie, on pouvait boire l’eau de pluie ». Parmi les méthodes de torture préférées du RDF/M23 : les coups de marteau (oui, vous avez bien lu), les décharges de câbles électriques, et les séances de flagellation collective où les bourreaux se relayaient « jusqu’à épuisement ».
Un détenu témoigne : « Ils posent une chaise sur vos épaules pour vous immobiliser. Les soldats vous fouettent à tour de rôle. Dès que l’un est fatigué, un autre prend le relais ». Et que fait Amnesty International face à cette barbarie ? Elle « demande » au RDF/M23 de libérer les civils, de traiter les détenus avec humanité, et d’autoriser l’accès aux avocats et aux familles.
Comme si ces milices, qui écrasent les populations sous les bottes depuis des années, allaient soudain se métamorphoser en chevaliers des droits humains sur simple injonction d’une ONG. Amnesty International révèle aussi que le RDF/M23 pratique allègrement les disparitions forcées. Les familles qui cherchent leurs proches se voient opposer un mur de déni ou doivent payer des rançons allant jusqu’à 2 000 dollars pour leur libération .
« Ils m’ont dit qu’ils avaient fouetté mon frère et qu’il avait des plaies aux fesses », raconte un parent désemparé. Pendant ce temps, le Rwanda, principal soutien du RDF/M23 selon l’ONU, nie toute implication avec un cynisme qui force l’admiration. Kigali joue les vierges effarouchées tandis que ses protégés massacrent en toute impunité. Le rapport d’Amnesty International est sans appel.
Les actes du RDF/M23 violent le droit international humanitaire et « pourraient constituer des crimes de guerre ». Mais à quoi bon ces mises en garde si elles ne débouchent que sur des communiqués de presse et des « appels à la communauté internationale » ? Depuis des années, l’Est de la RDC est le théâtre d’une guerre oubliée, où les civils paient le prix fort.
Plus de 7 millions de déplacés, des centaines de milliers de morts, et une indifférence mondiale qui confine à la complicité. Amnesty International, comme d’autres ONG, joue son rôle de lanceur d’alerte, mais jusqu’à quand faudra-t-il répéter les mêmes dénonciations sans que rien ne change ? Amnesty International a le mérite de documenter l’horreur comme le fait le gouvernement congolais.
Mais face à l’inaction des États et la realpolitik des puissances régionales, ses rapports ne sont-ils qu’un exercice de style, aussi cinglant que vain ?
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













