La ville de Goma, au Nord-Kivu, a été le théâtre d’une opération de sécurité marquante, avec l’arrestation de huit présumés recruteurs pour le Mouvement du 23 mars (M23). Annoncée par le maire Faustin Kapend Kamand, cette intervention des services de renseignements de la 34e région militaire soulève de nombreuses questions sur l’état de la sécurité et la stabilité dans cette région troublée.
Le M23-RDF, une rébellion rwandaise issu du CNDP de Nkundabatware, qui a émergé en 2012, est souvent synonyme d’instabilité dans la région. L’arrestation de ces individus, dont certains seraient des étrangers en situation irrégulière, ainsi qu’un militaire de la 11e brigade, met en lumière la persistance de la violence et du recrutement clandestin.
Le territoire de Nyiragongo, décrit par le maire comme un refuge pour les bandits, devient un symbole inquiétant de la criminalité organisée, où cambriolages et braquages semblent se multiplier. L’opération hebdomadaire “Safisha Mji wa Goma” (Nettoyez la ville de Goma) est présentée comme une réponse proactive aux menaces sécuritaires.
Mais elle soulève également des interrogations sur son efficacité et sa portée réelle. Dans un contexte où la population souffre des conséquences d’une criminalité endémique, cette initiative pourrait-elle être perçue comme un simple coup d’épée dans l’eau ? Les arrestations, bien qu’impressionnantes sur le papier, suffisent-elles à endiguer le flot d’insécurité qui ronge Goma ?
Les aveux des jeunes arrêtés, impliqués dans le vol d’armes et d’autres délits, révèlent une réalité troublante : des jeunes en quête de survie se tournent vers des activités criminelles, alimentant ainsi un cycle de violence. La pauvreté et le manque d’opportunités dans des quartiers comme Majengo, Kasika et Katoy exacerbent cette situation.
La question qui se pose est donc : comment aborder les racines de cette criminalité plutôt que de s’attaquer uniquement à ses manifestations ? L’intervention des forces de sécurité, bien que nécessaire, ne peut être la seule réponse. Il est crucial d’adopter une approche intégrée qui allie sécurité et développement, intégrité et fermeté.
Cela inclut des investissements dans l’éducation, des programmes de réinsertion pour les jeunes, et un dialogue avec les communautés pour construire une résilience durable. Si l’arrestation des présumés recruteurs du M23 est un pas vers la rétablissement de l’ordre à Goma, elle ne doit pas occulter l’urgence d’une réflexion plus large sur les causes de l’insécurité.
Goma, emblème des défis congolais, mérite une stratégie qui aille au-delà des opérations ponctuelles et qui embrasse une vision à long terme pour un avenir pacifié. Les enjeux sont trop importants pour se limiter à des réponses superficielles. La véritable sécurité passe par le développement, l’éducation, et la justice sociale. C’est un défi qui attend les autorités congolaises, mais aussi la communauté internationale.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













