On n’était en droit de s’interroger, mardi 8 décembre dans après-midi : qui doit convoquer une plénière à l’Assemblée nationale.
La question vaut son pesant d’or après que le Secrétaire général, Jean Nguvulu ait convoqué une plénière, donnant l’occasion aux élus d’examiner à 11 heures la pétition signée contre Jeannine Mabunda, le speaker, par le CACH et quelques membres du FCC. “Un seul point est inscrit à l’ordre du jour de cette séance, à savoir : l’installation du Bureau d’âges en vue de l’examen des pétitions initiées contre les membres du Bureau de l’Assemblée nationale”, affirme le communiqué. Les pétitionnaires se sont présentés et le Bureau provisoire a été ‘‘installé’’ avec Mboso Kodia considéré comme le doyen d’âge et Olivier Kabeya et Jackson Ausse, les benjamins, prêts à diriger ce plénière. Le camp Mabunda ne s’est pas présenté et ne s’est pas laissé faire non plus. Le Bureau de la Chambre basse du Parlement s’est répandue en communiqué rendu public lundi 7 décembre tard dans la soirée, suspendant les plénières et les activités en commissions de l’Assemblée nationale jusqu’à une date ultérieure. ‘‘Le Bureau de l’Assemblée nationale rappelle que seule l’honorable présidente a le pouvoir exclusif de convoquer les plénières sur pied de l’article 31 alinéa 7 du Règlement intérieur… Toute aventure hasardeuse de convoquer par une voie biaisée les honorables députés est illégale, sera vouée à l’échec et exposera ses auteurs à des conséquences graves’’. C’était officiellement suite à l’aggravation des troubles dans la soirée de lundi.
La tension atteint son comble
Et pour ne pas arranger les choses, la ministre de la Fonction publique, Yolande Ebongo, a carrément pris un arrêté suspendant Jean Nguvulu de ses fonctions après avoir été saisi, selon elle, par le canal de la presse ‘‘de son communiqué portant convocation de la plénière de l’Assemblée nationale’’ pour ce mardi 8 décembre 2020. Yolande Ebongo assure que ‘‘l’agissement du Secrétaire général de l’organe délibérant viole délibérément les prescrits du Décret-loi numéro 017/2002 du 03 octobre 2002 portant code de bonne conduite de l’agent public de l’Etat et ceux de la loi 16/013 du 15 juillet 2020 portant statuts des agents de carrière de services publics de l’Etat’’.
La tension est alors montée à son comble. La convocation de la plénière a envenimé la situation déjà délétère entre les deux camps en coalition, une coalition mise à mal dès le début par tant d’interférences et de couacs. Comme lundi 7 décembre, on a assisté ce mardi à des violences dans l’hémicycle entre les deux camps. La scène est une honte pour la démocratie de notre pays. Mais que dit le règlement d’ordre intérieur au sujet du Président du Bureau de l’Assemblée nationale s’il est mis en cause, comme c’est le cas aujourd’hui. Seulement, aucune disposition du Règlement d’ordre intérieur ne prévoit qui peut, en dehors des membres dudit Bureau, convoquer la plénière. L’article 26 est sans équivoque. ‘‘Sans préjudice des autres dispositions du présent Règlement intérieur, les fonctions d’un membre du Bureau de l’Assemblée nationale prennent fin par décès, démission, empêchement définitif, incompatibilité, départ délibéré de son parti politique, condamnation irrévocable à une peine de servitude pénale principale pour infraction intentionnelle ou déchéance prononcée par la plénière conformément à l’article 21 du présent Règlement intérieur’’. Rien sur un quelconque examen de la pétition.
Une crise institutionnelle grave
Dans son discours de fin des consultations, Félix Tshisekedi a annoncé, dimanche 5 décembre, la nomination d’un informateur pour identifier une nouvelle majorité parlementaire au sein de l’Assemblée nationale, et s’il ne l’obtient pas, il menace de dissoudre la Chambre basse. Ce discours fait état de la crise politique entre sa coalition CACH et le FCC de Joseph Kabila. ‘‘C’est avec cette nouvelle coalition que le Gouvernement qui sera mis en place au plus vite, conduira son action durant le reste du quinquennat, suivant ma vision, dans le but de répondre aux aspirations du peuple’’. ‘‘J’userai des prérogatives constitutionnelles qui me sont reconnues, pour revenir vers vous, peuple souverain, et vous demander une majorité’’, a-t-il ajouté. Cette communication a ainsi coïncidé avec le dépôt d’une pétition signée par plus de 200 parlementaires, visant la déchéance du perchoir de l’Assemblée nationale pour ‘‘Opacité dans la gestion financière’’ de cette institution.
Lundi 7 décembre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, Premier ministre, était reçu en audience à la Cité de l’Union africaine. Rien n’a filtré de leur entretien mais les sources sûres indiquent que Félix Tshisekedi l’a invité à présenter sa démission, chose que le Premier ministre a refusé. A en croire Patrick Nkanga, Conseiller de Ilunga Ilunkamba, cette démission n’est pas d’actualité. Une demande et un refus qui arrivent en pleine période de rupture politique entre les plateformes de coalition gouvernementale, FCC-CACH.
C’est dans cette embrouille que Leila Zerrougui, émissaire des Nations-Unies pour la RDC a fait savoir lundi 7 décembre devant le Conseil de sécurité que la RDC ‘‘ne peut pas se permettre une crise institutionnelle grave’’… qui ‘‘pourrait avoir des répercussions sérieuses sur la situation économique et sécuritaire du pays’’.
La crise politique qui vient d’être déclenchée par la situation actuelle est suicidaire pour la RDC. Les dirigeants doivent prendre conscience et éviter de traiter le problème du pays avec légèreté et irresponsabilité, selon leurs humeurs. Si la situation persiste, les jours à venir peuvent plonger le pays dans une période sombre de son histoire. Ceci rappelle la situation qui a prévalu en 1960 avec Lumumba et en 1964 avec Tshombe, situations qui a amené les militaires au pouvoir, a indiqué un politicien.
Première femme élue présidente de l’Assemblée nationale depuis les premières élections démocratiques en RDC, Jeanine Mabunda et ses 6 collègues membres du Bureau sont visés par une pétition de destitution, signée par près de 250, selon le comptage du CACH, des 500 députés qui composent la Chambre basse du Parlement.
Emmanuel Makila













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