L’affaire est grotesque, mais tellement révélatrice. Ce vendredi 2 mai 2025, les autorités provinciales de Kinshasa ont enfin démoli le “Cercle Bimwala”, un espace de loisir illégalement érigé sur le rond-point Kabambare, dans la commune de Barumbu Bravo, messieurs les démolisseurs ! Après sept ans d’occupation sauvage, vous avez enfin daigné agir. Quelle efficacité ! Quelle fermeté !
Quand les autorités urbaines jouent aux justiciers tardifs et la jeunesse congolaise aux spectateurs passifs, c’est une illégalité flagrante qui s’installe et une tolérance coupable qui prend forme. Comment un individu, visiblement bien connecté, a-t-il pu transformer un rond-point – symbole même de l’espace public – en terrain privé sans que personne ne bronche avant 2025 ?
La réponse est simple : en République démocratique du Congo, les lois ne s’appliquent qu’aux petits, jamais aux puissants. Pendant des années, ce “Bimwala” a bloqué un collecteur d’eau, aggravant les inondations dans le quartier Bon Marché. Les riverains ont suffoqué, les autorités ont fermé les yeux. Jusqu’au jour où, soudain, elles ont décidé de jouer les justicières.
Le gouverneur Daniel Bumba Lubaki et ses ministres Alain Tshilugu et Léon Mulumba se sont félicités de cette opération, présentée comme une victoire contre l’anarchie urbaine. Mais où étaient-ils depuis 2018 ? Pourquoi n’ont-ils pas agi plus tôt ? La réponse est dans la question : parce que l’illégalité, ici, est une question de réseau, pas de droit. Ce qui choque le plus, ce n’est même pas l’audace de ce Bimwala.
Mais le silence assourdissant de la jeunesse congolaise. Comment une telle spoliation a-t-elle pu durer aussi longtemps sans mobilisation, sans colère, sans résistance ? Où sont les collectifs citoyens ? Où sont les mouvements de protestation ? La jeunesse de Barumbu, comme celle du Congo tout entier, semble anesthésiée. Trop habituée à voir les puissants piétiner le bien commun, trop résignée pour se battre.
Pourtant, c’est elle qui subit chaque jour les conséquences de ces illégalités : inondations, insalubrité, embouteillages monstres . Mais au lieu de se lever, elle baisse la tête. L’impunité, c’est une maladie congolaise. Et maintenant ? Bimwala sera-t-il poursuivi ? Devra-t-il rembourser les millions détournés en profits illicites ? Rien n’est moins sûr. Au Congo, les démolisseurs d’aujourd’hui sont souvent les complices d’hier.
Combien d’autres espaces illégaux pullulent encore, protégés par des parrains politiques ? Combien de “Bimwala bis” attendent leur tour pour être régularisés… ou détruits à leur tour, selon l’humeur du pouvoir ? La justice doit frapper fort. Pas seulement démolir, mais sanctionner. Confiscation des biens, amendes colossales, poursuites pénales. Sinon, demain, un autre “Bimwala” recommencera ailleurs, en riant de notre naïveté.
Assez de cette passivité mortifère. Réveillons-nous ! La rue appartient au peuple, pas aux prédateurs en costard. Si la justice ne fait pas son travail, c’est à nous de le lui rappeler. Si les autorités tardent à agir, c’est à nous de les forcer à bouger. Barumbu n’est qu’un symbole. Le vrai combat, c’est celui du Congo tout entier contre l’impunité et la privatisation mafieuse de l’espace public.
Il est temps de sortir de l’ombre. Il est temps de reprendre ce qui nous appartient. Et si on commençait par exiger la publication de la liste de tous les occupants illégaux des espaces publics à Kinshasa ? Histoire de savoir qui, dans l’ombre, profite de notre silence.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













