Ils sont les deux poumons d’une même respiration stratégique. D’un côté, les Bavandimwe en Ouganda, ces frères rwandais qui réclament aujourd’hui le statut de tribu à part entière. De l’autre, les Banyarwanda de l’Est de la RDC, ces rwandais d’origine ayant la nationalité congolaise que Kigali prétend protéger derrière les blindés du RDF/M23.
À première vue, deux situations distinctes. Dans les faits, une seule et même mécanique : l’utilisation d’une diaspora comme cheval de Troie pour redessiner les frontières héritées de la colonisation. Le parallèle est si parfait qu’il en devient assourdissant. Dans les deux cas, on brandit la protection d’une minorité pour justifier ce qui ressemble fort à une entreprise de déstabilisation régionale pilotée depuis Kigali.
Le discours est identique, seule la méthode diffère. À l’Ouest, en RDC, Kigali actionne le levier militaire. Le RDF/M23, formation terroriste soutenue par 10 000 soldats rwandais selon l’ONU, justifie son offensive par la nécessité de protéger la communauté “Banyamulenge”, et plus particulièrement Tutsie, des persécutions. L’argumentaire est rodé : ces populations sont menacées, Kinshasa est incapable de les protéger.

Il faut donc créer une zone tampon – ce “Kurdistan” dont parlent les élites rwandaises. À l’Est, en Ouganda, on préfère la méthode douce, celle des papiers et de l’infiltration administrative. Les Bavandimwe ne demandent pas des chars, mais des documents d’identité et une reconnaissance tribale. Le résultat, pourtant, sera le même : l’officialisation d’une allégeance duale au cœur d’un État souverain.
Une fois reconnus comme tribu, ces “frères” pourront circuler, voter, et surtout, répondre à l’appel quand Kigali aura besoin d’eux. Car c’est bien là que réside la clé du grand dessein de Paul Kagame : la projection d’influence par l’ethnicisation du politique. Kigali tente d’exporter en RD Congo – et désormais en Ouganda – une lecture binaire de la société (Hutu/Tutsi) qui n’a pas cours dans des nations riches de centaines de groupes ethniques.
L’objectif ? Créer des “minorités à protéger” pour justifier une ingérence permanente. Les Banyamulenge sont régulièrement accusés d’être la “cinquième colonne” de Kigali. Demain, les Bavandimwe, naturalisés ougandais, pourraient subir le même opprobre. Le piège se referme : en réclamant une reconnaissance spécifique, ces communautés deviennent otages d’une instrumentalisation qui les dépasse.
La finalité, pourtant, est la même des deux côtés des frontières : grignoter l’espace souverain des voisins pour établir une hégémonie régionale. En RDC, le projet est déjà bien avancé : le RDF/M23 contrôle un territoire grand comme le Connecticut, y installe des administrations parallèles et menace désormais le Katanga, cœur minier du pays . En Ouganda, on en est aux prémisses, avec la main tendue de Muhoozi Kainerugaba promettant des papiers aux Bavandimwe.
Mais l’issue sera identique : des communautés transformées en leviers politiques, des pays fragilisés de l’intérieur, et au centre du jeu, Kigali qui tire les ficelles. Les Banyamulenge ont été la carte maîtresse de la deuxième guerre du Congo. Les Bavandimwe sont en train de devenir l’arme silencieuse d’une conquête douce de l’Ouganda. Même peuple, même finalité : l’empire informel de Kagame s’étend, et les “frères” sont en première ligne.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













