À ce stade de la septième audience, l’impression dominante est celle d’un édifice accusatoire reposant sur des fondations médicales et procédurales particulièrement friables. Le témoignage du Docteur Dosh Yengi Mbuta Junior a agi comme un révélateur : un généraliste examinant des patients 20 heures après les faits, rédigeant un certificat non signé de sa main et reconnaissant devant la Cour son incompétence en matière médico-légale.
La Cour et le Ministère public ont pris bonne note de l’absence de la “formule sacramentelle” et du fait que le document ait été remis à la partie civile par une tierce personne administrative. Factuellement, l’accusation de “torture” portée par Madame Marie-Ange Mushobekwa se heurte pour l’instant à un constat clinique d’”examen sans particularité” selon les termes exacts du médecin devant la Cour et à un traitement antalgique léger.
Ce qui relativise fortement la gravité alléguée des sévices corporels subis pendant une garde à vue improvisée de quelques heures. La Cour a mis en exergue des incohérences des deux côtés de la barre. Du côté de la partie civile, le récit d’une mère, Marie-Ange Mushobekwa, remerciant le présumé bourreau sur place puis dormant sous anxiolytiques pendant que ses enfants souffraient le martyre (avant de documenter leurs blessures en fin de journée).
Ce qui soulève des questions légitimes sur la chronologie de la prise de conscience de la “douleur”. Du côté de la défense, si Philemon Mambabwa nie toute violence, il n’explique pas totalement l’origine des contusions constatées par le médecin généraliste Yengi Mbuta Junior Dosh vers 22h aux urgences de la clinique Diamant, se contentant d’évoquer une nécessaire “maîtrise” de trois intrus inconnus dans sa résidence dont un jeune homme particulièrement agité.
Par ailleurs, l’audition de Malaïka Mambabwa a apporté un éclairage factuel nouveau : la jeune fille a confirmé que son amie Sakina (mineure) et Claudien Likulia (majeur) s’étaient effectivement enfermés dans une chambre pendant un laps de temps significatif (une trentaine de minutes de mémoire), ce qui replace l’incident dans un contexte de fréquentation adolescente clandestine plutôt que de simple visite médicale urgente.
Enfin, l’impression générale est celle d’un procès où les forces en présence dépassent largement le cadre d’un simple conflit de voisinage nocturne. La présence de près d’une vingtaine d’avocats, la citation répétée de Vice-Premier Ministre, ministre d’État, d’officiers généraux, d’un colonel des services spéciaux (Kale Kabasele), de l’auditeur général Likulia de l’auditorat militaire qui est l’oncle paternel des “Enfants Mushobekwa” et de la plus haute autorité du renseignement AG de l’ANR (Agence Nationale de Renseignement) par Madame Marie-Ange Mushobekwa.
Ainsi que l’intervention directe de députés nationaux comme Clément Kanku Bukasa wa Tshibwabwa et des avocats reconnus comme ténors du barreau à Kinshasa démontrent que ce dossier est devenu le théâtre d’affrontements d’influences. La fermeté du Premier Président à recadrer aussi bien les demandes pressantes de la partie civile que les velléités d’ingérence du prévenu indique une volonté de la Cour militaire de maintenir le cap sur le strict plan judiciaire.
Il y a une réalité devant la Cour qui est de très loin du tumulte des réseaux sociaux et des pressions politiques. La prochaine audience, fixée au 16 avril 2026, devra notamment éclaircir la situation de Sakina, la mineure absente dont le témoignage est désormais crucial pour comprendre ce qui s’est réellement passé dans la chambre à coucher de la résidence Mambabwa avec Claudien Likulia, le fils majeur de Madame Marie-Ange Mushobekwa.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













