Devant la représentation nationale, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a livré mercredi un exercice de transparence aussi rare que salutaire sur la situation préoccupante de la filière cacao. Loin des discours convenus, son intervention à l’Assemblée nationale a posé un diagnostic clinique de la volatilité des prix.
Après un pic historique frôlant les 11 000 dollars la tonne en 2024, l’or brun congolais subit aujourd’hui la double peine d’une surproduction mondiale annoncée et d’une demande européenne en pleine reconfiguration. En reconnaissant sans fard les faiblesses structurelles nationales — fragmentation de l’offre, déficit de traitement post-récolte et goulets d’étranglement logistiques — le ministre a élevé le débat au-delà de la simple complainte pour poser les jalons d’une véritable politique publique de résilience.
Face à ce choc exogène, la stratégie gouvernementale dévoilée par Julien Paluku Kahongya se distingue par son pragmatisme et sa vision intégrée de la chaîne de valeur. Plutôt que de se résigner à la dictature des cours mondiaux, la riposte s’articule autour d’une diversification audacieuse des débouchés vers la Chine et le Royaume-Uni, couplée à une montée en gamme qualitative via le respect strict des normes phytosanitaires.
L’originalité de l’approche réside surtout dans l’accent mis sur la transformation locale et le développement du cacao aromatisé, un virage stratégique soutenu par la coopération avec la CNUCED et l’intégration active au sein de l’Organisation internationale du cacao. C’est la fin annoncée de l’exportation brute et vulnérable, au profit d’une diplomatie économique où la RDC entend désormais parler d’égal à égal avec les géants du secteur.
Par son appel vibrant à une synergie interministérielle impliquant l’Agriculture, les Infrastructures, l’Industrie et la Sécurité, le ministre a rappelé une vérité cardinale trop souvent oubliée : “La bataille de l’or brun se gagne sur toute la chaîne de valeur”. Cette déclaration n’est pas une formule rhétorique, mais le fondement d’une doctrine où l’État se positionne en facilitateur de compétitivité pour des milliers de producteurs.
En liant la redevabilité gouvernementale à la protection du revenu agricole, Julien Paluku Kahongya offre à la filière cacao congolaise non pas une bouée de sauvetage conjoncturelle, mais la feuille de route crédible d’une souveraineté économique retrouvée, là où la volatilité des marchés internationaux menaçait de tout emporter.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













