Ils ont pignon sur rue, carte du barreau et souvent un ministre à la bouche. Mais dans le prétoire, c’est la Bérézina. Ces avocats congolais à double casquette – politique et juridique – promènent leurs costumes cravates dans les dossiers les plus gras : contentieux miniers, élections contestées, marchés publics.
Leurs cabinets, fantômes peuplés d’assistants qui font tout comme des champignons sur une terre gorgée de pluie institutionnelle. Sauf qu’en audience, la supercherie s’effondre. Devant la cour, ils bredouillent des arguments que des plaideurs de première année renieraient. Une plaidoirie ? Plutôt un monologue heurté, une syntaxe défaitiste, une logique en fuite.
Leurs dossiers ressemblent à ces copies d’étudiants de troisième zone : pièces sans ordre, conclusions creuses, pas une once de technique. Les magistrats, exaspérés, leur coupent la parole. Le parquet ricane. La partie adverse jubile. Mais le miracle judiciaire congolais, c’est qu’ils gagnent. Ou plutôt : on les fait gagner. Parce que derrière la toge mal portée, il y a l’appel, le parent, le parti, le clan, le contrat politique.
Le jugement n’est plus une décision de droit, mais une reconnaissance d’allégeance. Ces avocats sans fond ni forme ne défendent pas une cause : ils capitalisent une relation. Ce qui révulse, ce n’est pas seulement l’incompétence. C’est le torse bombé. L’arrogance de ceux qui savent qu’ils ne doivent rien à leur art, mais tout à leur carnet d’adresses. Dans un État de droit, on les mépriserait.
À Kinshasa, on les craint. Et ça, c’est la vraie farce tragique. À quand une justice qui rit au nez des impostures ? En attendant, les véritables avocats se taisent. Et les cabinets politiques continuent de vider les contentieux juteux, au nom de gens qui ne savent même pas construire une exception d’incompétence. Honte.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













