Genève, ce lundi 13 avril 2026, offre à l’Histoire congolaise l’image la plus obscène de sa déliquescence élitaire. Claude Ibalanky, que Félix Tshisekedi avait nommé Ambassadeur itinérant en 2023 après lui avoir confié les clés du Mécanisme National de Suivi de l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba, siège désormais face au Gouvernement de Kinshasa sous la bannière de l’AFC/M23. Ce n’est pas un revirement politique.
C’est une décomposition morale intégrale. L’homme qui était mandaté pour documenter l’ingérence rwandaise et défendre l’intégrité territoriale du Congo contre ce même groupe armé en est devenu le délégué officiel. Il y a dans cette métamorphose fétide autre chose qu’une trahison : il y a la preuve clinique qu’une certaine élite congolaise ne sert aucune patrie, mais flaire uniquement l’odeur du pouvoir, qu’il émane du Palais de la Nation ou des casernes de Bunagana.
Le CV de Monsieur Claude Ibalanky est devenu un acte d’accusation. À la tête du MNS, il était le chantre tatillon de la souveraineté nationale, le gardien sourcilleux des résolutions onusiennes condamnant Kigali et ses supplétifs du RDF/M23. Il touchait les émoluments d’un haut fonctionnaire pour protéger l’État contre les fossoyeurs pour lesquels il négocie aujourd’hui la partition du territoire.
Sa nomination comme Ambassadeur itinérant en 2023 fut le dernier baiser de Judas de la République à un homme qui connaissait chaque fissure de l’édifice sécuritaire congolais. Désormais, ce n’est plus un diplomate qui parle à Genève ; c’est un consultant en haute trahison, grassement rémunéré par l’ennemi pour livrer les secrets de la citadelle et offrir un vernis de respectabilité à une rébellion qui égorge nos soldats, viole nos sœurs et déplace nos mères.
L’écœurement est total parce que l’affront est technique. Claude Ibalanky n’est pas un idéologue égaré, c’est un expert en recyclage de l’ignominie. Il est le prototype parfait de cette élite caméléon qui, après avoir vidé les caisses de l’État, traverse la ligne de front avec son carnet d’adresses pour offrir ses services au bourreau. Qu’il crève de honte dans les salons feutrés de Suisse pendant que les Wazalendo défendent les Nord et Sud-Kivu à mains nues n’a plus d’importance.
Il a déjà gagné ce pour quoi il est fait : un rond de serviette à la table des prédateurs. Pendant que Kinshasa lui versait des primes de souveraineté, il préparait déjà la vente aux enchères du cadavre congolais. Face à cette abjection, un seul sentiment reste audible dans le brouhaha des armes : le haut-le-cœur d’une Nation trahie par les siens avant même d’être attaquée par l’étranger.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













