Le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Son Excellence Monsieur le Ministre Constant Mutamba , donne une injonction claire aux Procureurs Généraux près les Cours d’Appel, aux Officiers de Police Judiciaire, ainsi qu’à la Commission de Censure des chansons et des spectacles ce 23 septembre 2024, dans un communiqué officiel (n° 035) qui a rapidement suscité des réactions variées au sein de la société congolaise.
L’objectif de ce communiqué : lutter contre ce qu’il désigne comme une montée de l’immoralité sur les réseaux sociaux. La montée en puissance des réseaux sociaux a transformé la manière dont les Congolais interagissent, s’informent et expriment leurs opinions. Cependant, cette nouvelle liberté d’expression a également ouvert la voie à des comportements jugés dépravés, allant à l’encontre des valeurs morales et éthiques prônées par la société.
Le communiqué du Ministère de la Justice souligne une inquiétude croissante face à des contenus jugés immoraux qui se propagent sur ces plateformes, allant de la diffamation à la diffusion de contenus pornographiques ou incitant à la violence. Dans ce cadre, le Ministre d’État a ordonné aux autorités judiciaires et policières de prendre des mesures concrètes pour endiguer ce phénomène.
Les Procureurs Généraux et les Officiers de Police Judiciaire sont ainsi appelés à engager des poursuites contre les individus qui se livrent à ces pratiques. De plus, la Commission de Censure des chansons et des spectacles est également sollicitée pour jouer son rôle dans la régulation des contenus diffusés. Cette initiative pourrait être perçue comme un moyen de protéger la jeunesse congolaise et de préserver les valeurs culturelles du pays.
Toutefois, elle soulève également des questions importantes concernant la liberté d’expression et les limites de la censure. Les réactions à ce communiqué ne se sont pas fait attendre. D’un côté, certains applaudissent cette initiative comme une démarche nécessaire pour protéger la société contre les dérives morales. De l’autre, des voix s’élèvent pour dénoncer un risque d’abus et une atteinte à la liberté d’expression.
Les défenseurs des droits humains mettent en garde contre une interprétation trop large des critères d’immoralité, qui pourrait conduire à des poursuites arbitraires et à la répression des opinions dissidentes. Il est crucial pour le gouvernement de trouver un équilibre entre la protection des valeurs morales et le respect des libertés individuelles.
La question de la régulation des contenus sur les réseaux sociaux est complexe et nécessite une approche éclairée, prenant en compte les diversités culturelles et les évolutions sociétales. Le communiqué n° 035 du Ministère de la Justice témoigne d’une volonté politique de s’attaquer à un problème social majeur, mais il doit s’accompagner d’un débat constructif sur la manière de le faire.
La RDC se trouve à un carrefour où la lutte contre l’immoralité doit se faire en harmonie avec les principes fondamentaux des droits de l’homme. La société congolaise doit, plus que jamais, s’engager dans un dialogue ouvert pour construire un avenir où les valeurs éthiques et la liberté d’expression coexistent de manière respectueuse.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












