Lors de l’ouverture des États généraux de la justice, le ministre Constant Mutamba a surpris l’audience en déclarant : « N’eût été votre soutien inlassable, je démissionnerais du gouvernement. » Cette affirmation, à la fois audacieuse et provocatrice, soulève des interrogations sur la nature même de son engagement et sur les véritables enjeux qui se cachent derrière ses discours.
Le soutien du chef de l’État est souvent perçu comme un atout précieux pour mener à bien des réformes. Pour Mutamba, cette déclaration semble flatter les oreilles de ses auditeurs, tout en évoquant une forme de dépendance qui pourrait être synonyme de stagnation. Si le soutien inébranlable est nécessaire pour instaurer des changements significatifs.
Il peut également être un prétexte pour éviter de prendre des décisions difficiles ou de s’attaquer aux vieilles habitudes qui freinent le progrès. Constant Mutamba a énoncé plusieurs réformes qu’il a portées, telles que l’insaisissabilité des entreprises de l’État, la bancarisation des frais de justice et l’action de désengorgement des prisons.
Ces initiatives, si elles sont mises en œuvre avec rigueur, pourraient contribuer à moderniser le système judiciaire congolais et à renforcer la confiance du public. Cependant, la question demeure : ces réformes sont-elles suffisantes pour provoquer un véritable changement ? Sont-elles accompagnées de mesures concrètes et d’un suivi efficace ?
La mention de sa démission, loin d’être une simple provocation, soulève des doutes sur la sincérité de son engagement. Loin d’être une véritable menace, cette déclaration pourrait être perçue comme une blague de fin d’année, une façon de tourner en dérision les véritables défis auxquels il est confronté. En évoquant la démission, Constant Mutamba semble jouer sur les émotions de son auditoire.
Mais cela peut également être interprété comme une tentative d’échapper à la responsabilité de ses actions et de ses promesses. La RDC a désespérément besoin d’une réforme judiciaire profonde et d’une volonté politique forte pour briser les chaînes de la corruption et de l’impunité. Les États généraux de la justice doivent être l’occasion de discuter ouvertement des obstacles qui se dressent sur ce chemin.
Plutôt que de se concentrer sur des déclarations flatteuses et des promesses vagues. Un véritable changement exige des actions concrètes et un engagement à long terme, au-delà des discours. Constant Mutamba doit comprendre que le soutien du chef ne devrait pas être un alibi pour l’inaction. Les Congolais attendent des résultats tangibles.
Et l’heure est venue de dépasser les effets de rhétorique pour s’attaquer aux véritables enjeux de la justice dans le pays. La blague sur sa démission ne doit pas occulter la gravité de la situation ; au contraire, elle doit servir de catalyseur pour une réflexion sérieuse et un engagement ferme envers des réformes authentiques.
La RDC mérite un système judiciaire qui fonctionne, qui inspire confiance et qui répond aux besoins de sa population. Les États généraux de la justice doivent être un tremplin vers cette réalité, et il appartient aux décideurs de transformer les paroles en actions.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













