Constant Mutamba Tungunga en chute libre est le ministre de la Justice qui promettait de “nettoyer un système malade”. Il est aujourd’hui lui-même empêtré dans une série de scandales qui révèlent son hypocrisie crasse entre détournements, outrages et arrogance. Le garde des Sceaux aurait transformé son ministère en cirque judiciaire.
À peine 24 heures après que l’Assemblée nationale ait autorisé des poursuites pour détournement de 29 millions de dollars issus du FRIVAO (Fonds de Réparation des Victimes de Guerre), le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, récidive. Cette fois, il accuse Constant Mutamba d’outrage à la magistrature, sans même attendre que la poussière du premier scandale ne retombe.
Comment en est-on arrivé là ? Par la faute d’un homme qui, au lieu d’incarner la justice, s’est érigé en justicier populiste, multipliant les provocations et les entorses à l’État de droit. Selon lui, ce détournement ne devait être qu’une erreur administrative. Constant Mutamba, dans un sursaut de mauvaise foi, a bien tenté de minimiser l’affaire du détournement des fonds destinés à la construction d’une prison à Kisangani.
Il a balayé d’un revers de main les 19 millions de dollars virés à Zion Construction, une société fantôme créée la veille de la transaction. Pire, cet argent provenait des réparations de guerre dues par l’Ouganda aux victimes congolaises – une ignominie supplémentaire. Devant la commission parlementaire, il a bredouillé des excuses, reconnaissant de vagues “erreurs administratives”.
Mais le cynisme atteint son comble quand on sait que ce même ministre, quelques mois plus tôt, promettait la peine de mort pour les corrompus. Apparemment, cette rigueur ne s’applique pas à lui. L’outrage à la magistrature serait la goutte d’eau qui fait déborder le vase. La nouvelle accusation d’outrage ne surprend guère. Constant Mutamba aurait confondu la justice congolaise et son ministère.
Depuis des mois, il mènait une guerre ouverte contre les magistrats, les traitant de “corrompus” et de “magistrats véreux”. Il a même menacé de les sanctionner pour avoir “saboté” ses réformes en envoyant trop de détenus à la prison de Makala. Puis, dans un éclat digne d’un tribun de rue, il a osé défier publiquement le procureur Firmin Mvonde, l’accusant d’être un “mafieux kabiliste” et clamant :
“Je n’ai pas peur de la prison, je suis prêt !”.
Des propos qui, en plus de ridiculiser son ministère, constituent une insulte directe à l’institution judiciaire. Et pourtant, son bilan à la tête du ministère d’État est désastreux entre corruption, mépris et dérive autoritaire. Entre son projet de loi homophobe visant à emprisonner les LGBT+, sa gestion brutale des prisons, avec des transferts massifs de détenus vers des centres surpeuplés.
Ses diatribes contre les magistrats, qu’il accuse de tous les maux, son recours aux fonds des victimes de guerre pour financer des contrats opaques, Constant Mutamba incarne la dérive d’un pouvoir qui se croit intouchable. Aujourd’hui, la justice se retourne contre lui. Et c’est justice. Car dans un pays où la corruption ronge les institutions, Constant Mutamba n’est pas un réformateur, mais un prédateur de plus.
Ses déclarations tonitruantes, ses menaces et son mépris des procédures judiciaires ne sont que le cache-misère d’une ambition démesurée et d’une incompétence crasse. L’ironie est cruelle : celui qui devait purger la justice congolaise de ses démons en est devenu le pire symbole. Et si la prison est vraiment son destin, qu’il y aille. Après tout, il l’a bien cherché.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain/ Consultant senior cabinet CICPAR













