Le journalisme est un sacerdoce, pas un marché aux puces où l’on troque la vérité contre des pièces sonnantes et trébuchantes. À certains journalistes congolais, à leurs commanditaires, et à tous ceux qui bafouent l’éthique de notre profession. Permettez-moi de commencer par une évidence que vous semblez avoir oubliée : le journalisme n’est pas un métier, c’est une mission.
Une mission qui exige rigueur, intégrité, et surtout, un respect sacré pour la vérité. Or, ce que vous produisez depuis des années n’est ni de l’information, ni de l’analyse, mais une vomissure médiatique qui souille notre profession et ridiculise notre nation. Nous assistons à la trahison des clercs, une descente dans les tréfonds de l’inacceptable. Le journalisme congolais devient un cirque.
Vous êtes nombreux, trop nombreux, à avoir déserté le terrain de la rigueur pour celui de la complaisance, du sensationnalisme et de la médiocrité organisée. Vous avez troqué votre stylo ou votre clavier, c’est selon, contre un couteau à beurre, prêts à lécher les bottes du pouvoir ou de l’opposition en échange de quelques billets graisseux. Où est passée votre déontologie ? Où est votre fierté professionnelle ? Où est votre honneur ?
Vous qui avez passé des années sur les bancs de l’université, qui avez prêté serment devant l’histoire, comment avez-vous pu déchoir à ce point ? Comment avez-vous accepté de devenir les griots modernes d’un système qui méprise l’intelligence et récompense la flagornerie ? L’indécence est mise en spectacle dans une facilité déconcertante. L’affaire des Premières Dames lancée et assumée sur les réseaux sociaux en est le fond du gouffre.
C’est clairement votre dernier fait d’armes que d’opposer publiquement Denise Nyakeru Tshisekedi et Olive Lembe Kabila, comme si elles étaient des gladiateurs dans une arène médiatique. Avez-vous perdu tout sens humain ? Avez-vous oublié les valeurs bantues, congolaises, universelles, qui commandent le respect envers toute femme, toute mère ? Ces deux femmes n’ont pas choisi la politique.
Elles y sont entrées par amour pour leurs époux et par devoir envers leurs familles. Elles méritent respect et considération, pas vos attaques lâches et vos insinuations malveillantes. Joseph Kabila et Félix Tshisekedi sont des hommes politiques : les critiquer est normal, c’est même nécessaire. Mais leurs épouses ? Qu’ont-elles fait, sinon incarner la dignité silencieuse que beaucoup d’entre vous ont perdue ?
Le système congolais est pervers et vous êtes la preuve de ce dernier. La RDC est la seule nation au monde où des autorités nullissimes récompensent des journalistes encore plus nullissimes qu’elles-mêmes. Le Congo est le seul pays de cet univers qui ne rétribue pas l’intelligence mais l’impolitesse. Le comble de la tragédie ? Ce sont vos commanditaires, ces autorités dont la nullité intellectuelle n’a d’égale que leur mépris pour le peuple, qui vous rémunèrent grassement pour vos mensonges.
Quel journaliste digne de ce nom accepte d’être payé pour déformer la réalité ? Quel professionnel de l’information vend son âme pour un plat de lentilles ? Vous êtes les produits d’un système qui ne récompense pas le talent, mais la servilité. Un système où les vrais journalistes crèvent de faim pendant que les prostitués de l’information roulent en 4×4. Nous sommes peut-être une poignée mais refusons cet héritage empoisonné.
Quelle profession laissons-nous à nos enfants ? Nous qui avons des enfants dans ce métier, nous tremblons. Nous tremblons parce que vous êtes en train de tuer le journalisme congolais. Vous leur apprenez que la vérité ne paie pas. Vous leur montrez que le succès vient en rampant, pas en travaillant. Vous leur prouvez que l’éthique est une faiblesse, et la compromission une force. Quelle honte. Quelle trahison.
La rédemption est-elle encore possible ? Il est temps de vous réveiller. Redevenez des journalistes, pas des mercenaires. Redevenez des sentinelles, pas des clowns. Redevenez des Congolais fiers, pas des laquais vendus. Sinon, l’histoire vous jugera. Et ce jugement sera sans pitié. Quand le griot vend sa voix, il ne reste plus que le bruit des chaînes. Un journaliste qui se vend perd sa liberté et ne produit plus que du vacarme servile.
Le chien qui aboie pour de l’argent finit par mordre son propre reflet. La trahison des principes, la honte de la vérité monnayée et l’autodestruction guettent les mercenaires de l’information. Bonne lutte pour le journalisme digne !
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













