Une mesure monétaire controversée de la Banque Centrale du Congo (BCC) plonge le Trésor public dans une crise sans précédent. La décision du gouverneur de la BCC d’intervenir massivement sur le marché des changes, faisant chuter le taux du dollar de près de 1000 francs congolais, génère un tsunami financier qui menace l’exécution du budget de l’État.
La décision du gouverneur de la BCC, prise apparemment sans concertation avec les ministères des Finances et de l’Économie, interroge sur la cohérence de la politique économique gouvernementale. Alors que la banque centrale justifie ses interventions par la stabilisation du taux de change, les conséquences sur les recettes de l’État s’avèrent catastrophiques.
Le mécanisme est implacable : les contribuables paient désormais leurs impôts en francs congolais dépréciés. L’exemple d’une entreprise devant 3 millions de dollars est éloquent : au taux budgétaire de 2 954,4 FC, elle aurait dû verser 8,86 milliards FC ; avec le taux imposé de 2 000 FC, elle ne paie que 6 milliards FC. Soit une perte sèche de 2,86 milliards FC pour le Trésor public sur cette seule opération.
Cette érosion monétaire affecte toutes les régies financières : DGI, DGRAD et surtout la DGDA où la valeur des importations, calculée sur la base du CIF, est brutalement réduite par ce taux artificiel. Le ministère du Budget et celui des Finances se retrouvent dans une situation intenable. Leur plan budgétaire trimestriel et le plan de trésorerie, calibrés sur un taux de 2 954,4 FC/$, sont réduits à néant.
Cette “coupure de courant” budgétaire, comparable à celle vécue par le président à l’aéroport de Ndjili, bouleverse toute la gestion des finances publiques. Le timing est particulièrement critique : octobre représente une échéance fiscale majeure avec le paiement de la dernière tranche annuelle d’impôts. C’est précisément à ce moment stratégique que la mesure de la BCC a frappé, maximisant son impact négatif sur les recettes.
La situation devient paradoxale : les entreprises étrangères reçoivent des preuves de paiement en dollars pour leurs sièges sociaux, tandis que le Trésor congolais encaisse des francs congolais dévalorisés. Résultat : même les recettes qui atteignent 100% des objectifs en francs représentent une perte en valeur dollar réelle. Il y a clairement urgence d’une solution coordonnée.
Comble de malheur, cette crise intervient simultanément avec la décision du ministère de l’Économie de réduire le prix du carburant de 300 FC, augmentant mécaniquement les subventions aux pétroliers supportées par le budget de l’État. Alors que le dernier trimestre s’annonce crucial avec les pressions des dépenses sécuritaires, socio-politiques et les obligations prioritaires, le ministre des Finances se trouve pris en étau entre des recettes effondrées et des dépenses incompressibles.
La question reste ouverte : cette mesure était-elle délibérée ou résulte-t-elle d’une maladresse dans la coordination des politiques économiques ? Une chose est certaine : son impact sur les finances publiques nécessite une réponse urgente et coordonnée pour éviter un naufrage budgétaire aux conséquences potentiellement dramatiques pour l’économie nationale.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













