Dans le territoire de Lubero, la situation est devenue un véritable cauchemar. Les habitants, principalement des cultivateurs de manioc et d’autres cultures vivrières, subissent quotidiennement les atrocités infligées par les terroristes du RDF/M23. La peur s’est installée comme un invité indésirable, transformant ce qui était un terreau fertile en une zone d’insécurité permanente.
Le taux de change de la monnaie a chuté, reflétant le désespoir grandissant des populations. Le peu de sécurité qui subsiste le long des routes est une illusion. Les marchands de café se voient contraints de payer des taxes exorbitantes aux criminels Rwandais, qui dictent leurs lois au gré de leurs caprices. Un système de racket pour décourager les autochtones de résister est mis en place.
Chaque marchandise doit passer par la barrière des seigneurs de guerre, laissant peu d’espoir aux agriculteurs pour tirer profit de leur dur labeur. Au lieu de nourrir leurs familles, ils se retrouvent piégés dans un cycle infernal de dépendance et de soumission. L’absence d’autorités compétentes aggrave la situation. Leur fuite en avant dans l’inaction est un triste écho de l’impuissance de l’État face au chaos ambiant.
Chaque jeudi, lors des développements de Salongo, il est frappant de constater que certains acteurs étatiques ont littéralement abandonné leurs postes, laissant la population livrée à elle-même. Où sont passés les gouvernants censés protéger et servir leurs citoyens? Côté santé, le constat est dévastateur. Les zones de santé de Kayna, Alimpongo et Kitsombiro sont plongées dans un abîme de désespoir.
Avec un financement quasi inexistant, les patients peinent à régler leurs factures de soins, tandis que les accouchements deviennent une épreuve périlleuse, tant sur le plan financier que sanitaire. La contribution de 10.000 FC par ménage dans chaque village pour le développement des ambulances et autres moyens de transport est une tentative désespérée de maintenir une forme de vie, mais elle reste dérisoire face à l’ampleur de la crise.
Les villages de Kirumba et Mighobwe, comme de nombreux autres, n’ont d’autre choix que de s’organiser pour faire face à cette catastrophe. Toutefois, cette révolte silencieuse et cette solidarité locale ne sauraient remplacer les actions indispensables des autorités. Face à cette situation catastrophique, la population de Lubero crie son désespoir. Il est grand temps que le monde entende cet appel.
Et que des mesures urgentes soient prises pour soutenir ces hommes et ces femmes courageux qui se battent pour survivre dans un environnement devenu hostile. La crise de Lubero est révélatrice des failles profondes d’un système incapable de protéger ses citoyens. Elle appelle à une prise de conscience collective, à un sursaut d’humanité face à l’horreur. Car derrière les chiffres et les statistiques, il y a des vies humaines, des rêves brisés et une lutte acharnée pour un avenir meilleur.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













