Dans un geste audacieux qui a provoqué un large éventail de réactions, le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Crispin Mbadu, a récemment ordonné la démolition de constructions illégales à proximité de la Primature en RD Congo. Alors que le pays fait face à des défis d’urbanisation galopante, Mbadu affirme que ces mesures sont essentielles pour préserver l’intégrité urbaine et garantir la sécurité publique.
Cependant, cette décision soulève des questions cruciales concernant la gestion de l’espace urbain, le respect des droits des citoyens et l’autorité de l’État. En déclarant que « la RDC n’est pas une jungle où les gens peuvent construire n’importe où et n’importe comment », Crispin Mbadu pose un principe fondamental : l’urbanisme doit être régulé.
Les constructions illégales, souvent érigées sans permis ou dans des zones à risque, représentent non seulement un danger pour les populations, mais compromettent également les efforts de développement durable. Les zones “non aedificandi”, qui doivent rester libres de toute construction pour des raisons de sécurité ou d’écosystème, sont souvent envahies par des projets improvisés.
C’est ce qui aggrave les risques d’inondations et d’autres catastrophes. Cependant, la mise en œuvre de cette vision soulève des préoccupations. La démolition des habitations soulève des questions éthiques et logistiques. Qui décide de ce qui est “illégal” ? Et comment sont traités les habitants qui, souvent, n’ont d’autre choix que de s’installer là où ils le peuvent, faute d’alternatives accessibles et abordables ?
L’un des objectifs avoués de Mbadu est de renforcer l’autorité de l’État. Dans un pays où l’État de droit est souvent mis à l’épreuve, cette démarche pourrait être perçue comme un moyen de restaurer la confiance dans les institutions. Elle envoie également un message fort aux promoteurs et aux citoyens : des règles existent, et elles doivent être respectées.
Cette approche peut également être perçue comme une politique de la peur. En mettant en avant une logique punitive, le gouvernement risque de se couper davantage des populations vulnérables, qui voient dans ces démolitions une atteinte à leurs droits fondamentaux. La question de la transparence et de la justice dans l’application de ces lois devient alors centrale.
Au-delà de la question des constructions illégales, Crispin Mbadu évoque la nécessité de protéger les écosystèmes. Dans un pays riche en biodiversité, cette préoccupation est légitime. Les zones urbaines, souvent mal planifiées, mettent en péril des espaces naturels précieux. En intégrant des critères environnementaux dans l’urbanisme, Mbadu propose une vision à long terme qui pourrait favoriser un développement harmonieux et durable.
la mise en œuvre de cette vision nécessite des investissements conséquents, ainsi qu’une volonté politique claire. Le simple fait de démolir des constructions ne suffit pas. Il est tout aussi crucial de proposer des alternatives viables et durables aux habitants concernés. Cela implique un dialogue ouvert avec les concernés afin de comprendre leurs besoins et d’implémenter des solutions adaptées.
Pour que les mesures de Mbadu aient un impact positif et durable, il est essentiel de réinventer l’urbanisme congolais. Cela passe par la création de politiques inclusives qui tiennent compte des réalités socio-économiques des citoyens.
Les autorités doivent collaborer avec les architectes, les urbanistes et les représentants de la société civile pour concevoir des projets qui répondent aux besoins des populations tout en respectant les normes de sécurité et d’écologie. Crispin Mbadu se trouve à un carrefour délicat, où il doit jongler entre la nécessité de faire respecter l’ordre urbain et la protection des droits des citoyens.
Si ses intentions de préserver l’intégrité urbaine et de protéger les écosystèmes sont louables, la manière dont ces mesures sont mises en œuvre est tout aussi cruciale. Pour rétablir la confiance dans l’État et construire une RDC plus résiliente, il est impératif d’adopter une approche équilibrée et juste, qui prenne en considération les voix de tous les acteurs de la société.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













