À l’Assemblée nationale de la RDC, la chute de Vital Kamerhe a été orchestrée avec une précision machiavélique. Derrière ce coup d’éclat se cache Crispin Mbindule, un député autrefois fidèle de l’UNC, aujourd’hui porté en héros par certains et dénoncé comme un opportuniste par d’autres. Mais qui est vraiment cet homme qui a juré la perte de son ancien mentor ?
Une plongée dans les coulisses d’une trahison politique révèle un jeu dangereux où l’ambition personnelle se pare des atours de la moralisation. Crispin Mbindule n’est pas un inconnu dans l’hémicycle. Ancien membre de l’UNC, le parti de Vital Kamerhe, il a longtemps évolué dans l’ombre du président de l’Assemblée nationale. Mais en septembre 2025, le voilà qui mène une fronde implacable contre son ex-mentor.
Avec plus de 200 signatures de députés, il dépose une pétition accusant Vital Kamerhe de “gestion opaque des finances, de non-prise en compte de la situation sociale des députés et de vote des lois dans la légèreté”. Des griefs soudains, qui sentent autant la rancœur personnelle que le calcul politique. Dans une déclaration choc sur les réseaux sociaux, Crispin Mbindule tonne :
“Vital Kamerhe sera destitué pour incompétence. Monsieur Kamerhe a lui-même reconnu les griefs, il a demandé pardon. Mais il doit savoir que nous ne pardonnons pas”. Des propos radicaux qui contrastent avec son passé d’allié. Pourtant, ce même Crispin Mbindule était jadis un pilier de l’UNC. Qu’est-ce qui a changé ? La réponse est peut-être à chercher du côté des ambitions électorales et des rivalités internes.
Le PCA de CAMI Crispin Mbindule n’en est pas à son premier coup d’éclat. Déjà en 2024, il était impliqué dans des luttes intestines au Nord-Kivu, où il s’opposait au député Muhindo Nzangi pour contrôler l’électorat d’Antipas Mbusa Nyamwisi, une figure politique locale. Ses tactiques incluraient la diffusion de “médisances” et la manipulation de motions parlementaires, selon ses détracteurs.
Un modus operandi qui rappelle étrangement la manière dont il a orchestré la chute de Vital Kamerhe en mobilisant des soutiens via des accusations médiatisées et des alliances opportunistes. Si Crispin Mbindule se présente en chantre de la transparence, son parcours politique tout en transhumance interroge. Comment expliquer son soudain revirement contre Vital Kamerhe, après des années de loyauté ?
Certains y voient une stratégie pour se positionner comme un leader incontournable à l’approche des législatives de 2028. D’autres dénoncent une pure ambition personnelle, masquée par un discours moralisateur. Certains critiques de Crispin Mbindule fustigent ses “faussetés” et sa tendance à restreindre le leadership d’autres figures pour mieux s’imposer. Crispin Mbindule a réussi à ébranler l’un des hommes les plus puissants de la RDC.
Mais sa victoire pourrait être éphémère. Dans l’arène politique congolaise, les alliances sont fragiles et les retournements de veste se paient cash. En voulant incarner le redresseur de torts, Crispin Mbindule risque de se brûler les ailes : ses méthodes agressives et ses revirements pourraient lui aliéner ses soutiens. Reste une question : la chute de Vital Kamerhe profitera-t-elle au peuple congolais, ou simplement à l’ambition d’un député affamé de pouvoir ?
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













