L’offensive du RDF/M23, depuis la prise de Bunagana jusqu’aux avancées actuelles vers Uvira, ne ressemble pas à une simple rébellion localisée. Il s’agit d’une progression calculée, armée, soutenue et équipée par le Rwanda, qui dépasse le cadre sécuritaire pour épouser une logique géostratégique aux ambitions régionales profondes.
Cette expansion suit une trajectoire qui, si elle n’est pas contenue, pointe désormais vers le Sud : Kalemie, le Tanganyika, et au-delà, le Katanga minier. Une telle orientation n’est pas le fruit du hasard. Elle répond à une vision à long terme, où le contrôle direct du Rwanda des ressources congolaises constitue l’objectif ultime. La capture de Bunagana et la sécurisation de l’axe Rutshuru-Kiwanja ont permis au RDF/M23 de disposer d’une base arrière solide.
C’est une ligne d’approvisionnement et de revenus douaniers substantiels. En maintenant la menace sur la capitale économique du Nord-Kivu, le mouvement a paralysé une partie majeure des forces gouvernementales et internationales, tout en gardant un levier de négociation politique. Les récentes avancées vers Minova et Uvira visent à étendre l’influence du groupe terroriste rwandais en RDC et à ouvrir un nouveau front.
Mais aussi et surtout à créer une continuité territoriale en direction des provinces minières du Sud. Uvira n’est pas qu’une ville portuaire. C’est un carrefour vers le Lac Tanganyika, la Tanzanie et le Burundi. Sa prise offrirait au RDF/M23 — et à son géniteur le Rwanda — un accès logistique et commercial supplémentaire, renforçant son emprise régionale. Ensuite, Kalemie s’impose comme l’étape suivante de cette occupation rwandaise des territoires congolais.
Ville-port et nœud de communication, Kalemie ouvre la route du Tanganyika, province où les équilibres politiques locaux restent sensibles, notamment sous l’influence d’acteurs historiques comme Zoé Kabila, ancien gouverneur et frère de l’ex-président Joseph Kabila. Toute avancée dans cette région nécessitera des calculs politiques fins, entre alliances locales, conflits et rapports de force avec Kinshasa. La convoitise des richesses du Katanga par Paul Kagame n’est pas un secret.
Cette région incarne le cœur minier de la RDC, avec d’immenses réserves de cobalt, cuivre, lithium et tantale — des minerais essentiels à la transition énergétique mondiale. Pour le Rwanda, dont l’économie ne dispose pas de telles ressources, le contrôle même indirect de ces flux représenterait un levier économique et géopolitique considérable. L’objectif pourrait moins être une annexion territoriale qu’une mainmise durable sur les zones productrices, via des proxies locaux.
Il permettrait de négocier avec Kinshasa depuis une position de force. La progression du RDF/M23 vers Uvira doit être lue comme une étape avant une manœuvre plus large. Si Kalemie puis le Katanga deviennent des cibles réalisables, c’est l’intégrité économique et territoriale de la RDC qui sera mise en péril. Face à cette menace, la réponse ne peut être uniquement militaire. Elle doit associer une réelle pression internationale sur les soutiens extérieurs du RDF/M23.
Mais aussi une réforme en profondeur de l’armée et des services de sécurité congolais, une gouvernance transparente et inclusive dans les provinces de l’Est, et une diplomatie proactive qui replace la souveraineté et les ressources nationales au centre des priorités. Le temps n’est plus aux déclarations de principe, mais à l’action concertée et déterminée. L’enjeu dépasse la sécurité de l’Est : il engage l’avenir même de la Nation congolaise.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













