Dans un moment de confluence rare entre la diplomatie, le droit constitutionnel et la dynamique politique interne, la RD Congo vit une séquence historique dont la profondeur est encore sous-estimée. Le 4 décembre 2025, l’entérinement de l’Accord de Washington entre la RDC, les États-Unis et le Rwanda a marqué un pivot géostratégique.
Mais c’est dans l’agencement méticuleux des institutions congolaises que réside la véritable rupture. À l’exécutif dirigé par le président Félix Tshisekedi, artisan de l’accord, succède désormais un législatif reconfiguré, piloté par le président de l’Assemblée nationale Aimé Boji Sangara, en tandem avec Sama Lukonde au Sénat. Et c’est dans ce cadre que le discours sur l’État de la nation de ce lundi 8 décembre 2025, prévu par la Constitution, acquiert une portée pédagogique inédite.
Le président Félix Tshisekedi a, depuis son premier mandat, engagé une refondation subtile mais radicale de la posture internationale de la RDC. L’Accord de Washington en est l’apogée : il ne s’agit pas d’un simple traité de paix ou de coopération, mais la fin de la diplomatie du ressentiment, ce qui est un recalibrage géopolitique assumé. Le discours sur l’État de la nation sera l’occasion de cristalliser cette vision, en l’inscrivant dans la longue durée.
Iconoclaste, Félix Tshisekedi l’est pour avoir dépassé les narratifs figés de la souveraineté blessée pour une souveraineté active, capable de négocier d’égal à égal avec les puissances mondiales tout en fixant des cadres stricts de respect territorial. Son éloge est ici mérité : en plaçant la RDC non plus comme objet des conflits régionaux, mais comme sujet de son destin, il a opéré une révolution mentale dans la gouvernance congolaise.
La ratification de l’Accord de Washington revient désormais au Parlement où siège aussi l’opposition institutionnelle et républicaine, et c’est là qu’Aimé Boji Sangara entre en scène avec une autorité nouvelle. Son ascension à la présidence de l’Assemblée nationale n’est pas un simple jeu de fauteuils politiques : elle symbolise l’émergence d’un législatif capable de penser, amender et légitimer les grandes orientations de l’État.
Honorable Président Boji incarne une génération qui conçoit le Parlement non comme une chambre d’enregistrement, mais comme un laboratoire de la souveraineté populaire. En collaboration avec Honorable Président Sama Lukonde au Sénat, il prépare le premier grand congrès post-accord, où sera disséqué, article par article, le texte de Washington. Le débat démocratique peut dès alors être engagé dans la transparence la plus totale.
Cette démarche est profondément pédagogique : elle enseigne aux Congolais que la démocratie se nourrit de débat éclairé et que la loi est le socle de la paix. Inscrit dans la Constitution, le discours sur l’État de la nation est souvent un exercice de communication politique. Cette fois, il devient le lieu où se nouent les fils du moment historique. Il intervient après l’accord diplomatique et avant son examen parlementaire, créant un récit cohérent entre l’exécutif et le législatif.
Félix Tshisekedi y exposera non seulement son bilan, mais la philosophie de l’accord : comment il s’inscrit dans la sécurisation de l’Est, la relance économique et la préparation des générations futures aux défis du XXIe siècle. Aimé Boji et Sama Lukonde, au nom du Parlement, illustreront la complémentarité institutionnelle rassurante. Cette fluidité entre les pouvoirs est elle-même iconoclaste dans un pays longtemps marqué par la méfiance entre ses institutions.
L’enjeu ultime de cette séquence est de montrer que la RDC est “de retour” – non pas comme slogan, mais comme réalité gouvernante. La cohérence entre la signature de l’accord (exécutif), son examen parlementaire (législatif) et son explication devant la nation (discours présidentiel) dessine une architecture étatique fonctionnelle, capable de penser et d’agir sur le long terme. Cela prépare le pays aux transformations du siècle qui sont reprises aussi dans l’Accord.
Qu’elles soient numériques, écologiques ou géopolitiques, elles ancreront sa stabilité dans des processus démocratiques et juridiques solides. L’iconoclasme réside ici dans le rejet du fatalisme : la RDC n’est plus condamnée à l’improvisation, elle se dote d’une méthode. Félix Tshisekedi et Aimé Boji Sangara, chacun dans leur rôle, incarnent une nouvelle maturité politique congolaise. Le premier a ouvert la voie par une diplomatie audacieuse ; le second l’ancre dans la loi et le débat public.
Le discours sur l’État de la nation sera le récit commun de cette avancée, pédagogique par sa clarté, élogieux par les résultats engrangés, et profondément iconoclaste par sa volonté de réconcilier la puissance de l’État avec la souveraineté du peuple. La RDC, par cet agencement, ne se contente pas de tourner une page : elle écrit un nouveau chapitre de son histoire, pour les générations présentes et futures.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













