De succès en succès : Denis Mukwege fait docteur honoris causa

Le gynécologue congolais Denis Mukwege continue à engrangé des prix et des mérites. L’Université Ritsumeikan de Kyoto au Japon lui a décerné hier lundi 7 octobre, le diplôme de docteur honoris causa.

Ce titre honorifique lui a été conféré au titre de reconnaissance de son engagement dans la lutte contre les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre dans la partie Est de la RDC. Par ailleurs, ce diplôme sonne aussi comme une récompense pour les multiples recherches menées par ce prix Nobel de la paix dans le domaine de la gynécologie et de la prise en charge psycho-sociale des femmes victimes du viol sexuel.

Pour la cérémonie de remise de ce diplôme, l’Université Ritsumeikan de Kyoto s’était associée à deux autres institutions de formation de renommée internationale. A savoir l’Université de Tokyo et celle de Kyoto. A en croire un communiqué rendu public à cet effet, celui que l’on appelle affectueusement  » le réparateur des femmes  » devient le troisième Africain à recevoir le diplôme de docteur honoris cause de l’Université Ritsumeikan de Kyoto, après l’ancien chef de l’État sud-africain Nelson Mandela et l’ancien secrétaire général des Nations-Unies Boutros Boutros Galy. En 2016, le docteur Mukwege avait reçu le « Seoul Peace Prize ». Il a, en 2014, reçu le prix Sakarov du Parlement européen. En 2018, ce gynécologue congolais a reçu le Prix Nobel de la paix avec Yazidie Nadia Murad, ex-esclave du groupe Etat islamique. Dr Denis Mukwege a passé une grande partie de sa vie au service des autres. Après des études de médecine au Burundi, il revient exercer en RDC, avant de prendre le chemin de la France pour se spécialiser en gynécologie-obstétrique. Après la destruction de l’hôpital de Lemera, il crée lui-même l’hôpital de Panzi, en 1999. Ses interventions dévouées au profit des femmes violées à l’Est de la RDC lui a valu au niveau international le qualificatif de  » l’homme qui répare les femmes « .

Bataille pour la création d’un fonds en faveur des victimes

Après avoir été bannies de leurs milieux de vie où elles sont considérées comme une honte à commencer par leurs propres familles, ces femmes victimes des violences sexuelles ne savent à quel saint se vouer pour ne fût-ce que tenter de refaire leur vie par une réinsertion dans la société où elles sont traitées en parias comme si elles sont les seules responsables du drame qui leur est arrivé. D’où la pertinence de la création du  » Fonds fiduciaire » au profit des femmes par leur réparateur, le Dr Denis Mukwege, qui est mieux placé pour comprendre leur martyre qui commence le jour de leur viol, dont les séquelles et surtout les conséquences sociales qui les poursuivent toute leur vie. Cet aspect sera réparé, toujours par le Dr Denis Mukwege, cette fois-là pas par la force des bistouris mais bien de quelques billets de banque. Raison pour laquelle Dr Mukwege est parti en croisade aux quatre coins du monde pour sensibiliser les potentiels bailleurs de ce fonds fiduciaire qui sont plus particulièrement les Etats. Lors de la 74ème Assemblée ordinaire de l’Onu tenue à New York la semaine dernière, Denis Mukwege était à la manœuvre et il dit avoir réussi à convaincre nombre de chefs d’Etat présents dont le sien propre, le Congolais Félix Tshisekedi à délier les cordons de la bourse pour le financement de ce  » Fonds  » au profit des victimes des violences sexuelles à l’Est de la RDC. Il reste à présent l’étape cruciale de passer de la promesse ferme au geste du décaissement proprement dit. On peut noter que devant les bailleurs de fonds internationaux, ce praticien modeste de 65 ans sonnés jouît d’un crédit inépuisable en raison des sacrifices qu’il consent chaque jour qui passe pour sauver les femmes victimes des violences sexuelles dans l’est de la RDC que tout le monde assimile indiscutablement à un sacerdoce ou apostolat. Un autre avantage qui joue en sa faveur pour attirer les bailleurs de fonds, c’est qu’il est Prix Nobel de la Paix et Prix Sakharov de l’UE. Tous ces Prix comme le Nobel sont accompagnés d’un pécule de 880.000 Euros et 50.000 Euros pour Sakarov qu’il a réinvesti dans son hôpital de Panzi à Bukavu, donc au profit des victimes des violences sexuelles qui continuent à affluer pour être sauvées. C’est comme cela que cet hôpital a fonctionné depuis des années.

Souvenir macabre

Dimanche 6 octobre 2019, de son hôpital de Panzi où il venait de rentrer après sa tournée à l’extérieur du pays, il a rappelé une date qui restera à jamais marquée d’une douleur indicible dans son cœur. C’était l’attaque et le massacre qui s’en est suivi des troupes de l’ADFL sur l’hôpital de Panzi, le 6 octobre 1996, voici 23 ans. Tout l’hôpital était décimé alors que Dr Denis Mukwege était en déplacement. Mais ce crime est resté impuni jusqu’à à ce jour alors que l’ONU avait enquêté et documenté en publiant un rapport assorti de les noms des auteurs de ce massacre sur l’hôpital de Panzi à Bukavu mais tout s’arrête là. Le message de Denis Mukwege à la Communauté internationale notamment l’ONU, c’est que les planificateurs et les auteurs de ce massacre soient poursuivis par la justice internationale. Il faut peut-être rappeler pour le besoin de l’histoire que les crimes commis par les troupes de l’AFDL à cette époque bien que commandée par Laurent-Désiré Kabila était commandités par l’Etat-major de l’armée rwandaise.

C’est le cas entre autres de Mgr Munzilua, Evêque de Goma qui a été froidement assassiné et les autres élites congolaises qui n’avaient pas eu le temps de fuir Goma ou Bukavu. Ils ont été exécutés non par l’AFDL mais bien par l’armée rwandaise. Curieusement, la situation n’était pas la même sur la partie des Kivu occupée par l’armée ougandaise de Museveni Kaguta toujours sous étiquette de l’ADFL. Ici par contre, on n’assiste pas à une chasse à l’homme pour décimer les élites congolaises qui s’opposent jusqu’au sacrifice de sang à toute présence rwandaise sur son territoire.

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