La mise en place de la couverture santé universelle constitue un enjeu majeur pour le ministère de la Santé, de l’Hygiène et de la Prévention en RD Congo. Cependant, la charge supplémentaire liée à la gestion de la sécurité sociale et des retraités pose des défis institutionnels et de gestion qui risquent de compromettre la mise en œuvre efficace de ces politiques.
La gestion de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), principale source de financement de la sécurité sociale en RDC, repose sur un modèle tripartite impliquant les travailleurs, les employeurs et l’État. Cette structure complexe nécessite une expertise spécifique en matière d’emploi et de travail, domaines qui relèvent traditionnellement du ministère de l’Emploi, du Travail et de la Prévoyance Sociale.
Le transfert de la prévoyance sociale au ministère de la Santé risque donc de créer une incompatibilité institutionnelle et de perturber le fonctionnement de la CNSS. Par ailleurs, la gestion des taux de cotisations sociales et des négociations au sein du Conseil National de Travail, ainsi que la résolution des conflits individuels et collectifs du travail, sont des compétences relevant du ministère de l’Emploi.
La transition de ces responsabilités vers le ministère de la Santé pourrait entraîner des difficultés de coordination et de prise de décisions efficaces. Sur le plan international, le détachement de la CNSS du ministère de l’Emploi risquerait de perturber les relations de la RDC avec les organisations internationales telles que l’OIT, l’AISS et la CIPRES.
Ce qui compromettrait ainsi les engagements pris par la RD Congo en matière de sécurité sociale. Face à ces défis, il est essentiel de reconsidérer la réorganisation ministérielle et de rétablir une collaboration efficace entre le ministère de la Santé et celui de l’Emploi, du Travail et de la Prévoyance Sociale. Il faut accepter de garder ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être, mais aussi la sagesse de distinguer l’un et l’autre.
Il est impératif de préserver les acquis en matière de protection sociale des travailleurs congolais et de garantir une gestion optimale de la sécurité sociale et des retraités. En renforçant la coordination entre les deux ministères et en respectant les textes juridiques existants, la RD Congo pourra relever le défi de la couverture santé universelle de manière plus efficace et durable.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













