Didier Budimbu, le Ministre des Sports de la RD Congo, a encore frappé. Le 27 août 2024, dans un élan de créativité, il a décidé de convoquer une réunion technique avec Emmanuel Kande, un expert de la Confédération africaine de football, pour discuter de la construction d’un nouveau stade à la place Sainte Thérèse de Ndjili.
Oui, un autre stade, parce que, visiblement, le pays regorge de ressources à gaspiller. Ce projet, aussi séduisant qu’une pluie de grenouilles un jour d’été, est un exemple parfait du cynisme bureaucratique. Alors que les Congolais s’interrogent sur l’utilisation de leur argent public, voilà que Budimbu nous concocte un projet inutile et budgétivore, comme un bon vieux plat de frites réchauffées.
La question qui brûle les lèvres est la suivante : qui va vraiment profiter de cette construction ? Le mystère du détournement des deniers publics reste entier. Écoutons Emmanuel Kande, le porte-parole du projet, qui a déclaré avec un sérieux désarmant que cette construction vise à « décongestionner les deux autres grands stades de la ville ».
Quelle brillante idée ! Et comme si nous n’avions pas assez de stades vides en RDC, nous avons maintenant besoin d’un troisième, parce que, après tout, le taux d’utilisation des stades congolais frôle à peine les 20 %. Une excuse bidon pour justifier un projet qui sent déjà la corruption à plein nez ! La durée des travaux ! Trois ans, dit-on.
Trois ans pour construire un stade dans un pays où même les routes semblent être des projets à long terme. Le partenariat public-privé, souvent plus public que privé, sera assuré par l’entreprise Toha. Espérons qu’ils aient une meilleure réputation que celle de nos dirigeants. Pendant ces trois années, les Congolais pourront toujours admirer le paysage de la place Sainte Thérèse, avec ou sans stades.
Le projet prévoit un stade moderne d’une capacité de 40 000 places. Mais, cher ministre, qui va remplir ces sièges ? Peut-être que Budimbu a une boule de cristal qui lui dit que la population va soudainement se passionner pour le football au point de faire la queue pour entrer dans un nouveau stade. Et ne parlons même pas des espaces commerciaux et culturels qui seront ajoutés.
Peut-être un centre de loisirs pour les élus qui préfèrent faire du shopping plutôt que de s’occuper des véritables problèmes du pays ? Pour couronner le tout, le stade portera le nom de Docteur Étienne Tshisekedi. Une belle manière de rendre hommage, sans doute, mais n’est-il pas ironique d’associer le nom d’un homme politique à un projet qui semble tout droit sorti d’un mauvais film de corruption ?
On imagine déjà la cérémonie d’inauguration, où les discours creux rivaliseront avec la grandeur du stade – un festival de promesses non tenues. Ce projet d’un nouveau stade à Ndjili est un parfait exemple de futilité bureaucratique. Entre la promesse de décongestionner des stades presque vides et le risque d’un détournement manifeste des fonds publics, les Congolais ont de quoi se poser des questions.
Mais, après tout, dans ce monde de l’absurde où le cynisme règne en maître, peut-être que le spectacle est plus important que la réalité. Et qui sait, peut-être que nous finirons par voir un jour des matchs dans ce nouveau stade… ou pas. La corruption est une plaie qui ronge les fondements de la société. Elle a un impact destructeur sur les institutions et les valeurs collectives.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













