Il fallait oser. Il fallait une dose de cynisme aussi massive que les arriérés de salaires des fonctionnaires congolais pour dénoncer un “risque migratoire” en RD Congo depuis un exil doré en Belgique. Franck Diongo, réfugié politique confortablement installé à Bruxelles, bénéficiant de la protection juridique et sociale du Royaume — ce même Occident qu’il vomit dans ses diatribes — ose prendre la plume pour vitupérer contre l’arrivée potentielle de migrants expulsés des USA.
La bouffonnerie atteint ici des sommets himalayens. Car enfin, Monsieur Franck Diongo, vous-même, qu’êtes-vous d’autre qu’un migrant politique congolais en Europe ? N’est-ce pas la plus abjecte des mauvaises foi que de se goinfrer du gâteau de l’asile européen, de toucher probablement des indemnités ou de vivre du statut de réfugié dans une capitale occidentale, tout en expliquant aux Congolais restés au pays, qui se débattent dans une insécurité chronique, qu’ils ne doivent pas “devenir la solution aux problèmes des autres” ?
L’indécence morale n’est pas à Kinshasa ; elle est assise derrière un clavier à Bruxelles, le frigo plein et le loyer payé rubis sur l’ongle grâce à une générosité d’État étranger que vous refusez, par un sophisme hallucinant, à votre propre nation. Sur le fond, l’argumentaire est aussi creux que votre position géographique est commode. Vous éructez contre “l’opacité totale” et “la perte de souveraineté”, mais où est votre indignation contre l’occupation réelle de Bunagana par le RDF/M23 sous pavillon rwandais ?
Où sont vos tribunes enflammées pour dénoncer les millions de Congolais qui, eux, fuient vers l’Ouganda ou le Burundi et dont personne ne veut ? Vous pleurez sur 900 millions de dollars — une somme qui permettrait d’acheter des médicaments, de payer des enseignants ou d’asphalter quelques Kilomètres mètres de route nationale — pendant que vous paradez dans les couloirs feutrés des institutions belges.
La déchéance intellectuelle est là : confondre la défense de la patrie avec l’interdiction d’y faire atterrir un avion en provenance de Washington en échange de devises. Vous êtes la preuve vivante que certains exils, loin d’affûter l’analyse, ramollissent le cerveau dans un bouillon de postures morales. Vous reprochez à Félix Tshisekedi de “monnayer” le territoire ; mais vous, ne monnayez-vous pas votre statut de victime politique pour subsister en Europe ?
Qui est le plus vendeur des deux ? Celui qui obtient 900 millions pour l’État, ou celui qui obtient une carte de séjour et des allocations pour lui-même ? Enfin, touchons au nœud du problème : la bonne foi. Ou plutôt, son absence clinique. Vous hurlez : “Demain quoi encore ?”. Mais la vraie question, Monsieur Franck Diongo, c’est : “Et aujourd’hui, vous faites quoi, depuis Bruxelles ?” Vous êtes payé chaque fin de mois par l’administration belge pour vivre loin du “chaos” que vous décrivez.
Chaque euro perçu est une reconnaissance de votre incapacité à vivre en sécurité dans votre propre pays — ce même pays que vous prétendez vouloir préserver de “l’invasion” de migrants internationaux. C’est un double standard d’une grossièreté qui laisse pantois. Vous êtes le parangon de cette partie cynique de l’opposition congolaise qui vit très bien de la défaillance de l’État congolais : si la RDC était stable et prospère, vous perdriez votre statut de réfugié et devriez rentrer travailler à Kinshasa.
Votre survie politique et financière dépend de la permanence du malheur congolais. Alors, bien sûr, tout accord qui rapporte de l’argent à Kinshasa et qui stabilise les finances publiques est une menace existentielle pour votre rente de situation. Cessez de jouer les Robespierre en pantoufles depuis votre duplex bruxellois. Si la souveraineté vous brûle tant les lèvres, prêchez par l’exemple : renoncez à l’asile belge, prenez le premier vol pour N’Djili et venez défendre le territoire les pieds dans la boue de l’Est.
D’ici là, votre prose n’est qu’un misérable gaz toxique d’hypocrisie, une bave virtuelle qui souille bien plus la dignité du Congo que l’arrivée de quelques migrants de transit encadrés par une ambassade. Le peuple a faim, il a besoin d’argent, pas de vos leçons de morale à distance. Vous auriez été crédible si vous n’aviez pas été sous la botte de Paul Kagame qui, lui, déverse des millions de rwandais non identifiés sans jamais payer un seul centime.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













