L’Ouganda et la RDC, “frères de sang” ? À en croire les déclarations lénifiantes de Kampala, oui. À observer la réalité sur le terrain, c’est une sinistre farce. L’Ouganda continue de jouer un rôle trouble dans l’Est du Congo, entre soutien tacite aux rebelles, pillage économique et occupation militaire déguisée.
Depuis 2021, l’Ouganda mène l’opération Shujaa en Ituri et au Nord-Kivu, officiellement pour combattre les ADF, un groupe rebelle ougandais. Pourtant, cette mission, menée avec l’aval de Kinshasa, a surtout servi de couverture à une expansion militaire sournoise. Alors que le RDF/M23 (soutenu par le Rwanda) avançait vers Goma et Bukavu, les troupes ougandaises, elles, étendaient leur emprise sur l’Ituri et le Grand Nord.
L’Ouganda a consolidé son contrôle sur des zones riches en or et autres minerais. Le message est clair : l’Ouganda considère l’Est de la RDC comme son arrière-cour. Beni est à 400 km de Kampala, mais à 2 000 km de Kinshasa. Le business se fait avec l’Ouganda, pas avec la capitale congolaise. Une logique de prédation qui rappelle l’occupation ougandaise de 1998-2003, condamnée par la Cour internationale de justice pour pillage et crimes de guerre.
L’économie ougandaise prospère grâce à l’or congolais, exporté illégalement puis “blanchisé” en Ouganda. En 2023, Kampala a exporté pour 2,7 milliards de dollars d’or, devenu son premier produit d’exportation. Une manne qui provient en grande partie de l’Ituri et du Nord-Kivu, où les mines sont contrôlées par des milices et où l’armée ougandaise ferme les yeux – quand elle n’y participe pas. L’or Congolais devient un trésor national Ougandais.
Pendant ce temps, la RDC, officiellement “partenaire”, voit ses ressources siphonnées, ses populations déplacées, et son État affaibli. Le cynisme est total : l’Ouganda se présente en allié tout en asphyxiant économiquement son “frère” congolais. Le RDF/M23 est l’éléphant dans la pièce. Alors que le Rwanda est ouvertement accusé de le soutenir, l’Ouganda cultive une ambiguïté savamment entretenue et calculée.
Officiellement, Kampala nie toute implication. Pourtant, des rapports d’experts de l’ONU ont documenté un “soutien actif” des services ougandais au RDF/M23, notamment en matière de renseignement. Le fils de Yoweri Museveni, Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée ougandaise, a même menacé d’attaquer les “mercenaires blancs” en RDC – une provocation qui a forcé Kinshasa à rappeler Kampala à l’ordre.
Derrière ces déclarations incendiaires se cache une stratégie : maintenir la RDC dans l’instabilité pour mieux en exploiter les richesses. L’Ouganda continue de jouer un double jeu. D’un côté, des déclarations lénifiantes sur l’unité africaine. De l’autre, une exploitation systématique de la faiblesse congolaise. Comment croire à la fraternité quand 10 000 soldats ougandais sont déployés en RDC sans véritable mandat clair ?
Les minerais congolais financent l’économie ougandaise tandis que les populations de l’Est vivent dans la terreur ? Les déclarations de Muhoozi Kainerugaba menacent ouvertement la souveraineté congolaise ? L’Ouganda n’est pas un frère. C’est un prédateur qui habille ses intérêts économiques et géopolitiques en discours panafricains. Tant que Kinshasa tolérera cette duplicité, le pillage continuera.
La fraternité avec l’Ouganda est un leurre, une diversion. La vraie bataille se joue dans les mines d’Ituri, sur les routes du trafic d’or, et dans les couloirs obscurs de la diplomatie régionale. Et tant que la RDC n’aura pas la volonté politique de rompre avec cette hypocrisie, elle restera le grand perdant de cette partie truquée. Il ne faut jamais oublier que le régime rwandais actuel est une émanation des réfugiés rwandais installés en Ouganda.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












