Sous les trombes d’eau, le vernis a craqué, les masques sont tombés et Jean Bakomito Gambu, Gouverneur du Haut-Uélé, a révélé son indifférence criminelle face à des quartiers oubliés et une population sacrifiée. Il y a deux jours, à Isiro, la pluie n’avait pas seulement lessivé les rues. Elle a décapé l’hypocrisie d’un régime sourd, aveugle et paralysé.
Dans le quartier Edindale, sur l’avenue Tuluba, l’eau a transformé les ruelles en fleuves de désespoir, emportant avec elle les derniers vestiges de dignité. Ici, la misère n’est pas un accident : elle est le résultat d’une gestion calamiteuse, d’une incurie institutionnalisée, et d’un Gouverneur, Jean Bakomito Gambu, plus occupé à siéger dans les salons feutrés de l’Union Sacrée et de la nébuleuse Grande Orientale qu’à secourir son peuple.
Pendant que les toitures de tôle s’envolent, que les enfants pataugent dans des eaux fétides, et que les mères supplient un ciel indifférent, “Mwana Nzambe” ignore jusqu’à l’existence de ce calvaire. L’incompétence a un visage, et il siège même au présidium de l’Union Sacrée pour la Nation. Edindale-Tuluba nous permet de connaître la cartographie de l’abandon avec des infrastructures en lambeaux.
Les habitants d’Edindale connaissent la litanie : routes défoncées, égouts bouchés depuis des lustres, électricité fantomatique. La pluie d’avant-hier ce soir n’a fait qu’achever le travail de sape entamé par des années de négligence. Les égouts ? Transformés en dépotoirs à ciel ouvert, ils débordent dès les premières gouttes, inondant les cases de boue et de déchets. Les routes ? Des pistes lunaires où même les moto-taxis refusent de s’aventurer.
L’école primaire d’Edindale ? Un bâtiment fissuré, où les enfants étudient sous des toits percés comme des passoires. C’est écrit noir sur blanc dans le rapport 2023 de la Société Civile du Haut-Uélé sur l’état des infrastructures urbaines (rapport probablement non consulté par le Gouverneur, bien sûr). La population du Haut-Uélé livrée à elle-même. Pas de centre de santé fonctionnel. Pas de réseau d’eau potable.
Les habitants comptent sur des puits artisanaux, souvent contaminés. Les cas de choléra sont étouffés dans l’indifférence générale. “On nous oublie. Même quand on meurt, personne ne vient. Le Gouverneur ? Il ne sait même pas où est Tuluba.” (Mama Rosalie, vendeuse de charbon, 52 ans). Pour la population, Jean Bakomito Gambu est un gouverneur fantôme. Il excelle dans l’art de l’esquive et du mépris de classe.
Pendant qu’Edindale sombre, Bakomito parade dans les réunions de l’Union Sacrée. Son bilan ? Zéro projets structurants depuis son arrivée. Zéro réhabilitation des infrastructures critiques. Des promesses en carton, comme celle de “réhabiliter les drains urbains” en 2025… jamais concrétisée. Preuve ? Aucun budget provincial alloué à Isiro dans les comptes rendus financiers 2024-2025. Jean Bakomito ne vient jamais ici nous confiait Papa JP.
Pourquoi ? Parce que Tuluba n’est pas un quartier où l’on prend des photos pour Facebook. Pas de “grands projets” à inaugurer, pas de potentiels électeurs influents. Juste des pauvres, invisibles, dont la souffrance ne compte pas. Un leader qui ne connaît pas la misère de son peuple n’est pas un leader. C’est un parasite disait le Dr. Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix. Isiro est actuellement une ville en décomposition.
Il fut un temps où Isiro était un pôle économique. Aujourd’hui, c’est une coquille vide. Les usines ont fermé, les commerces survivent à peine, et la jeunesse fuit vers Kisangani ou Bunia. Il y a un mythe du “bon vieux temps”. 72% des jeunes d’Isiro souhaitent quitter la province (Enquête Jeunesse 2023, Université d’Isiro). C’est la pluie qui est le dernier juge impartial. Avant-hier soir, l’orage a mis à nu la vérité.
Les drains censés être “réhabilités” ? Ils n’existent que sur le papier. Les “urgences” annoncées par la Province ? Des mots vides, jamais suivis d’actes. La colère monte dans le Haut-Uélé. Edindale n’est pas qu’un quartier pauvre. C’est un symbole. Celui de l’échec d’une classe politique arrogante, incompétente et sourde. La pluie passera, mais la rage, elle, reste. Et tôt ou tard, elle emportera bien plus que des toits de tôle. Quand un peuple n’a plus rien à perdre, il devient imprévisible.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













