Pour la troisième fois, l’élection du bureau définitif du Sénat en République Démocratique du Congo est renvoyée aux calendes grecques. Le président du bureau provisoire, Pascal Kinduelo Lumbu, semble jouer une partie de poker dont les enjeux dépassent de loin le simple cadre législatif. À quoi joue-t-il vraiment ?
Les raisons évoquées pour ce nouveau report, à savoir des questions de sécurité et de logistique, sont à la fois préoccupantes et révélatrices d’une situation politique chaotique. Si la sécurité est un enjeu majeur, il est également difficile de ne pas y voir une excuse qui masque une incapacité à organiser un processus électoral essentiel.
Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette situation ? Est-ce que le pays est devenu ingouvernable au point que même les élections sénatoriales deviennent un casse-tête logistique ? Le message WhatsApp envoyé par Ivan Kazadi, secrétaire rapporteur du bureau provisoire, est sans équivoque : la plénière de vendredi, prévue pour auditionner les candidats aux postes du bureau définitif, est également annulée.
Une décision qui, à prime abord, pourrait sembler administrative, mais qui porte en elle les germes d’un désespoir politique. Qui, dans ce contexte, peut encore croire à la légitimité d’un bureau provisoire qui semble se prolonger indéfiniment ? Il est impératif de s’interroger sur la conscience politique de Pascal Kinduelo Lumbu, Président provisoire du Sénat.
Se rend-il compte de la portée de ses décisions et de l’image désastreuse qu’elles renvoient à nos partenaires étrangers ? La RDC, un pays riche en ressources, se transforme peu à peu en un véritable Far-West où chaque autorité agit selon sa propre volonté, sans aucune considération pour la loi ou la démocratie. Les institutions censées garantir l’ordre et la stabilité semblent désormais à la dérive.
Ce climat d’incertitude ne fait pas que miner la confiance des citoyens ; il érode également la crédibilité de la RDC sur la scène internationale. Les investisseurs potentiels, les partenaires de développement, tous scrutent ce qui se passe dans notre pays. Sont-ils prêts à engager des ressources dans un État dont les dirigeants semblent incapables de tenir un calendrier électoral ?
La réponse est évidente : un non retentissant. Il est temps d’appeler un chat un chat : la situation actuelle est inacceptable. La RDC ne peut se permettre cette dérive. Les instances provisoires doivent être tenues responsables et les élections doivent avoir lieu, quelles que soient les circonstances. Un pays ne peut se construire sur des reports à répétition et des décisions arbitraires.
La démocratie n’est pas un luxe, mais une nécessité, et il est grand temps de le rappeler à ceux qui détiennent le pouvoir. La RDC mérite mieux que cette farce politique. Les citoyens appellent à une gouvernance responsable, à des élections transparentes et à une justice qui fonctionne. On ne peut pas se moquer allègrement du peuple congolais.
Pascal Kinduelo Lumbu et son bureau provisoire doivent comprendre que retarder l’inéluctable ne fait qu’approfondir la crise. Il est temps de choisir la voie de la légitimité et de la responsabilité, avant que le pays ne bascule dans un chaos irréversible. La balle est dans leur camp. L’expérience ne nous offre au premier coup d’oeil qu’un chaos volontairement engendré est toujours suivi d’un autre chaos.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













