Il est des nations où l’on célèbre les poètes, les savants, les bâtisseurs. La République Démocratique du Congo, elle, a choisi un autre chemin : celui de l’apothéose du néant. Un peuple qui préfère le tam-tam de la médiocrité au silence des bibliothèques. Ici, l’ignorance n’est pas une tare, mais une vertu nationale. Le savoir ? Une maladie honteuse. La pensée critique ? Un crime de lèse-majesté.
Et pendant que les livres moisissent, les haut-parleurs hurlent, les corps se tordent, et les esprits s’évaporent. Bienvenue dans le plus grand cabaret d’Afrique, où l’on paie les fous en devises et les sages en mépris. Le spectacle n’est pas un divertissement en RDC : c’est une stratégie de domination. 47 000 dollars pour une danse obscène, mais 0 dollar pour une bibliothèque.
Des stades pleins pour des concerts, mais des amphithéâtres vides faute de professeurs. Des officiels qui twerkent en public, mais des intellectuels réduits au silence. Pourquoi ? Parce qu’un peuple qui danse ne pense pas. Un peuple qui hurle ne questionne pas. Un peuple fasciné par les paillettes ne voit pas les milliards disparaître. L’ignorance est le meilleur outil de gouvernance qu’aient inventé les kleptocrates.
La religion de la bêtise consiste à sacrifier l’intelligence sur l’autel du vulgaire. En RDC, l’ignorance est sacralisée. Un diplômé est un “mbongo te” (sans argent), un analphabète riche est un “success story”. Un philosophe est traité de “déconnecté”, un agitateur de foule devient “leader”. Les médias glorifient l’insignifiance, tandis que les vrais débats sont étouffés. On a inversé les valeurs. Hier, un sage était respecté.
Aujourd’hui, un crétin avec des followers est un prophète. La bêtise est devenue une monnaie d’échange, et le pouvoir en est le grand banquier. Les écoles congolaises ? Des usines à fabriquer des esclaves dociles. Des professeurs sous-payés qui enseignent la soumission. Des programmes périmés qui forment des robots, pas des penseurs. Des étudiants endettés pour obtenir un parchemin qui ne nourrit pas son homme.
Et pendant ce temps, les enfants des élites étudient à Paris, Dubaï ou Montréal. L’éducation en RDC n’est pas un droit, c’est une illusion entretenue pour légitimer l’ordre établi. En RDC, penser est dangereux. Les journalistes sont tués (comme Floribert Chebeya, Serge Maheshe). Les écrivains sont censurés. Les universitaires sont marginalisés (à quand un vrai budget pour la recherche ?).
Le message est clair : “Reste ignorant, reste diverti, et surtout… ne réfléchis pas.” La RDC n’est pas condamnée à l’imbécillité. Mais elle doit choisir entre danser dans les ténèbres ou marcher vers la lumière. Boycottons les divertissements abrutissants. Exigeons des médias qui élèvent, pas qui abêtissent. Soutenons ceux qui pensent, écrivent, créent, malgré tout.
Car un peuple qui préfère l’ignorance à la connaissance signe son propre arrêt de mort. Et la RDC mérite mieux qu’une épitaphe qui dirait : “Ici reposent ceux qui ont préféré danser plutôt que penser.” Un peuple qui ne lit pas, qui ne pense pas, qui ne critique pas, est un peuple qui meurt à petit feu.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












