Sous le vernis des discours et des projecteurs d’inauguration, le Haut-Uélé vit une contradiction brutale : d’un côté, une province vantée comme “ville chantier”, de l’autre, une population qui crie sa détresse dans un silence assourdissant. Au centre, un gouverneur : Jean Bakomito Gambu. Présenté par ses soutiens comme un bâtisseur infatigable.
Le Gouverneur de la province du Haut-Uélé divise — car si les ambitions sont grandes, les fissures dans leur mise en œuvre sont tout aussi visibles. La vitrine d’un progrès… partiel pourrait-on dire . Depuis son arrivée, Bakomito a lancé plusieurs projets structurants : asphaltage de routes à Isiro, installation de lampadaires, discussions autour de centrales photovoltaïques, lutte contre les exploitations minières illégales, relance agricole.
La communication autour de ces projets est bien huilée : publications régulières, visites officielles, slogans percutants. Mais ce récit linéaire se heurte à des faits têtus. Car pendant que le gouverneur pose les premières pierres, d’autres ponts s’effondrent, et des routes entières restent dans un état de délabrement avancé. L’impression d’un double Haut-Uélé émerge : celui qui s’éclaire pour les caméras, et celui qui s’enfonce dans la poussière, les flaques et les trous.
Une province qui pleure… en silence alors ! La situation réelle de la province tranche avec la lumière des discours. Pleure sur pleure, disent certains habitants, accablés par une insécurité persistante, des barrières illégales à répétition, et des taxes jugées abusives et injustifiées, notamment dans les zones rurales. Pendant ce temps, les fonctionnaires accusent plus de 8 mois de salaires impayés.
Les enseignants, les soignants, les agents administratifs tirent la sonnette d’alarme, mais les réponses concrètes tardent. Et pendant que les services publics s’effondrent, les bombances ne s’arrêtent pas dans le cosmos du gouverneur — un contraste saisissant avec les conditions de vie de la majorité. Le style Bakomito repose en partie sur une stratégie de visibilité : discours galvanisateurs, mise en scène des chantiers, références constantes à la “modernisation” ou à la “revanche du sol sur le sous-sol”.
Mais cette approche, si elle peut séduire un temps, devient risquée lorsque les résultats tardent ou stagnent. Beaucoup de projets annoncés restent conditionnés à des financements externes, souvent dépendants du gouvernement central. Cette dépendance limite la marge de manœuvre du gouverneur et nourrit le scepticisme. Dans plusieurs territoires, des populations dénoncent des poses de premières pierres symboliques, jamais suivies de travaux réels.
De quoi entamer sérieusement la crédibilité d’un exécutif provincial présenté comme dynamique. Si Jean Bakomito veut s’imposer comme un leader transformateur, il devra répondre à plus qu’un agenda d’inaugurations. Car derrière la mise en scène, la province reste fracturée : infrastructures critiques en ruine, ponts effondrés laissés sans solution, écoles sans moyens, personnel de santé démobilisé, zones entières oubliées dans le processus de développement.
Et surtout, la gouvernance est questionnée. Le silence face aux arriérés de salaire, l’opacité sur la gestion fiscale, l’incapacité à lever les barrières illégales ou à maîtriser l’insécurité : autant de signaux d’une administration qui peine à convaincre, au-delà des effets d’annonce. Le Haut-Uélé ne manque pas d’idées. Mais il manque encore de constance, de rigueur, et surtout de justice dans l’action publique.
Gouverner, ce n’est pas seulement faire briller Isiro en surface, c’est répondre aux cris silencieux des villages, des enseignants, des familles fatiguées d’attendre. Tant que la priorité ira à l’image plus qu’à l’impact, le gouverneur Bakomito pourra bien allumer tous les lampadaires d’Isiro — il ne parviendra pas à dissiper l’obscurité qui gagne dans les cœurs, les foyers, et les poches vides de ses administrés.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













