Le député national Eric Tshikuma a transformé une question orale en un plaidoyer pour la justice économique et la dignité des travailleurs congolais. À Kinshasa, dans l’hémicycle du Palais du Peuple, à l’heure où la RD Congo ouvre le débat de son budget, une voix s’est élevée, portant bien au-delà des chiffres et des postes comptables.
Celle de l’honorable Éric Tshikuma, député national de la circonscription de Funa, qui a saisi la tribune pour interpeller le ministre de l’Emploi et du Travail sur une question qui touche à l’âme même de la nation : les inégalités salariales criantes entre expatriés et travailleurs congolais dans le secteur minier. Le constat est accablant. Il existe un apartheid salarial dans ce secteur vital de l’économie congolaise.
Dans une intervention aussi technique que passionnée, l’élu a transformé une demande de comptes en un vibrant réquisitoire pour la justice sociale et un plaidoyer pour la revalorisation du travail congolais. Son action n’est pas un simple exercice de routine parlementaire ; c’est un coup de projecteur, courageux et éloquent, sur une fracture économique qui mine les fondements de l’équité et du développement durable.
Avec la précision d’un chirurgien et la force d’un tribun, Honorable Eric Tshikuma a exposé les faits. Le secteur minier, pilier de l’économie congolaise, fonctionne selon un système à deux vitesses. D’un côté, des expatriés perçoivent des rémunérations souvent pharaoniques ; de l’autre, des travailleurs congolais, pourtant tout aussi compétents et dévoués, survivent avec des salaires qui les maintiennent en deçà du seuil de pauvreté.
Ce tableau sombre est corroboré par les récentes enquêtes de terrain menées par des organisations de la société civile. Une étude de l’ONG RAID et du Centre d’Aide Juridico-Judiciaire (CAJJ) révèle qu’à Kolwezi dans la province du Lualaba, cœur battant de l’industrie du cuivre et du cobalt, le salaire décent pour subvenir aux besoins essentiels d’une famille a été calculé à 520 dollars par mois pour 2025.
Pourtant, de nombreux mineurs congolais, particulièrement ceux employés en sous-traitance, perçoivent des salaires oscillant entre 230 et 300 dollars mensuels , les maintenant dans une précarité inacceptable. Un ingénieur anonyme témoigne : “Je suis payé 237 dollars le mois… quand vous prenez déjà dans mon salaire le loyer, la nourriture, ça n’arrive pas à couvrir tout le mois”.
L’honorable Tshikuma n’a pas seulement dressé un constat ; il a formulé une demande précise et argumentée, articulée autour de plusieurs piliers essentiels pour rétablir l’équité. Il a exigé la publication de l’effectif exact d’expatriés dans chaque entreprise minière, une donnée fondamentale pour évaluer l’ampleur du phénomène. Il a demandé la communication des salaires comparés entre expatriés et Congolais pour des postes et des responsabilités équivalentes.
Justement pour ainsi pointer du doigt l’injustice de la discrimination salariale. La question de la conformité des permis de travail des expatriés a été soulevée, visant à mettre fin aux situations d’irrégularité qui privent l’État de recettes et faussent le marché du travail. Enfin, le député a sollicité des informations sur les réformes en cours pour corriger ces disparités, appelant à une action gouvernementale forte et concertée.
La profondeur de la démarche du député Tshikuma réside dans sa capacité à lier cette question sectorielle à des enjeux bien plus larges. Son intervention s’inscrit en écho aux appels croissants pour une transparence fiscale, présentée par des économistes comme un “levier de développement durable et de justice sociale” permettant de mieux redistribuer les richesses vers les services essentiels.
En prônant la promotion des compétences locales, il rejoint également l’esprit des réformes visant à promouvoir l’égalité des chances, telles que la révision du Code de la famille en 2016 qui a levé les restrictions empêchant les femmes de signer un contrat ou d’obtenir un emploi sans l’autorisation de leur mari. Son combat est un combat pour l’effectivité des droits, qu’ils soient ceux des travailleurs ou des femmes, afin que chaque Congolais puisse contribuer pleinement à l’économie nationale.
En s’attaquant à ce qui peut être perçu comme les vestiges d’une économie d’exploitation, l’honorable Éric Tshikuma ne se contente pas de défendre les droits des travailleurs de sa circonscription. Il porte un projet de société plus juste, plus équitable et plus respectueux de la dignité humaine. Il lance un débat bien plus profond que celui, purement budgétaire, qui ouvrait la session parlementaire.
C’est le débat sur la destination des immenses richesses de la RDC et sur la place qui y est réservée à ceux qui, par leur labeur, les font sortir de terre. Son appel résonne comme une invitation urgente à “mettre en œuvre des réformes courageuses” pour que les fruits de la terre congolaise profitent d’abord à ceux qui y vivent et y travaillent, transformant ainsi ce secteur minier, souvent source de conflits, en un véritable “pilier de développement socio-économique” pour toute la nation.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













