Lors des récents États généraux de la justice en RDC, le président Félix Tshisekedi a prononcé des mots lourds de sens : « Le peuple Congolais attend de vous une justice qui apaise et qui rassure, une justice qui aspire confiance par votre compétence. » Cette déclaration, bien que pleine d’espoir, soulève des questions essentielles sur la réalité du système judiciaire congolais et les défis auxquels il est confronté.
Dans un pays où la méfiance envers les institutions est omniprésente, le souhait d’une justice apaisante et rassurante est légitime. Les Congolais, après des décennies de conflits, de corruption et d’impunité, aspirent à un système judiciaire capable de restaurer la confiance et de garantir leurs droits. Le discours du président Tshisekedi semble reconnaître cette attente immense.
Mais il est impératif de se demander si ces mots se traduiront par des actions concrètes. La justice en République Démocratique du Congo est souvent perçue comme inefficace et politisée. Les allégations de corruption, le manque d’indépendance des juges et les lenteurs administratives sont autant de maux qui gangrènent le système.
Les États généraux de la justice représentent une occasion de diagnostiquer ces problèmes, mais la question demeure : les acteurs impliqués ont-ils réellement la volonté de réformer un système qui a souvent fonctionné au gré des intérêts politiques ? La compétence des magistrats et des acteurs judiciaires est essentielle pour inspirer confiance.
Cependant, le chemin vers cette compétence est semé d’embûches. La formation, le soutien institutionnel et les ressources financières sont des aspects cruciaux qui doivent être pris en compte. Sans un engagement réel à améliorer les conditions de travail et à garantir l’autonomie des juges, les discours resteront vides de sens.
Les États généraux doivent également inciter les professionnels du droit à réfléchir sur leur rôle dans la société. La justice ne peut être un simple instrument au service du pouvoir ; elle doit être un véritable garant des droits des citoyens. Les magistrats, avocats et fonctionnaires doivent s’engager à devenir des acteurs de changement, capables de défendre l’équité et de mener des réformes en profondeur.
Le discours de Félix Tshisekedi peut être perçu comme une lueur d’espoir, mais il doit être suivi d’actions tangibles pour que les promesses de justice se concrétisent. Les États généraux de la justice sont un moment charnière, une opportunité de faire entendre la voix du peuple congolais et de poser les bases d’un système judiciaire qui apaise réellement et inspire confiance.
La route est longue, mais sans engagement collectif et volonté politique, la promesse d’une justice réformée risque de rester une illusion. La population congolaise mérite mieux que des discours : elle mérite une justice qui, à chaque instant, œuvre pour la paix, l’équité et la dignité.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













