Ils ont enfin trouvé le moyen de ne pas mourir de vieillesse dans l’indifférence générale. Lisanga Bonganga et Gabriel Mokia, deux mastodontes de l’ombre qui cumulent à eux deux plus d’années en politique qu’un baobab n’a de racines, viennent de lancer leur énième plateforme. Pourquoi ? Parce qu’il flotte l’idée d’un dialogue dans l’air.
Comme des gamins qui changent de costume trois fois par jour, ils ont ressorti du placard l’icône vénérée du père de l’opposition pour se donner une contenance. Forcément, quand on n’a ni projet, ni idée, ni charisme, on met un mort en première ligne : c’est le seul qui ne trahira pas selon eux parce qu’il ne peut plus parler. Le nom est un chef-d’œuvre de marketing pathétique : “Étienne Tshisekedi le héros”.
On se demande s’ils vont demander une licence à la famille ou s’ils ont simplement trouvé le titre ronflant au rayon des soldes de la 12ème rue à Limete. C’est pathétique, mais c’est habile : en accrochant leur chariot vide à l’UDPS, ils espèrent bien gratter quelques miettes de crédit politique et une place dans le prochain exécutif. Sauf qu’à force d’invoquer les morts, on finit par ressembler à des fossoyeurs plutôt qu’à des héritiers.
Mais le plus drôle, c’est le timing. Ils dégainent leur plateforme juste après l’annonce du fameux dialogue. Comme attirés par le bruit des casseroles, ils rappliquent en agitant l’étendard Tshisekedi pour négocier leur place au banquet. Ces vieux routiers de la politique, qui ont passé leur carrière à changer de camp comme de chemise, voudraient nous faire avaler qu’ils sont les gardiens du temple.
À les voir si prompts à sauter sur la moindre table ronde, on se demande s’ils ne confondent pas héros avec zéro. Alors, bienvenue à “Étienne Tshisekedi le héros”, la énième officine de ceux qui n’ont jamais réussi à gagner une élection mais qui espèrent encore décrocher un ministère sur le dos d’un fantôme. Pendant ce temps, le peuple, lui, attend toujours des héros vivants. Mais dans ce pays, il paraît que les morts sont bien plus utiles : au moins, ils ne demandent pas de comptes.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













