Dans un contexte où l’instruction publique partout dans le monde est souvent perçue comme le pilier du développement d’un pays, l’évaluation à mi-parcours du système Licence-Maîtrise-Doctorat (LMD) s’affiche comme une initiative cruciale, dictée par des impératifs stratégiques.
L’instruction du Chef de l’État, accompagnée du rapport de la Commission mise en place par l’arrêté ministériel 001/MINESU/CAB.MIN/SASM/MMK/ZM/2024, marque un tournant déterminant pour l’enseignement supérieur en vue de la rentrée académique 2024-2025. Mais au-delà des simples formalités administratives, que signifie réellement cette évaluation pour les établissements d’enseignement supérieur ?
Les objectifs affichés de cette évaluation sont louables : améliorer la qualité de l’enseignement, s’assurer de l’alignement entre les programmes et les besoins du marché du travail, et garantir que les établissements respectent les normes nationales. Cependant, la manière dont cette évaluation est mise en œuvre soulève des questions.
La centralisation des outils d’évaluation et la suspension de toute initiative propre à chaque établissement sont-elles véritablement la solution ? Ne risquons-nous pas de brider l’innovation et la créativité qui peuvent émerger des spécificités de chaque institution ? L’appel à la collaboration des établissements publics et privés est un point central de cette initiative.
Pourtant, la question persiste : comment garantir cette coopération dans un environnement où les intérêts souvent divergents entre établissements peuvent créer des réticences ? Une véritable synergie entre les différents acteurs de l’éducation supérieure est essentielle pour la réussite de ce projet. Cela nécessite un dialogue ouvert et constructif, loin des rigidités bureaucratiques.
Le lancement officiel des travaux de la Commission Nationale d’Évaluation, avec des outils validés en ligne, soulève une autre problématique : la standardisation des critères d’évaluation. Bien que cela puisse sembler efficace, cela risque de réduire la diversité et la richesse des approches pédagogiques. L’évaluation doit tenir compte des contextes locaux et des réalités spécifiques à chaque institution afin d’aboutir à des résultats véritablement pertinents.
Dès le 10 août 2024, les établissements auront une semaine pour répondre aux items du questionnaire d’enquête. Ce délai serré pourrait poser des défis, surtout pour les institutions qui manquent de ressources ou d’organisation. De plus, l’analyse des données recueillies et les focus groupes dans les différentes villes pourraient souffrir d’un manque de représentativité si les établissements ne s’engagent pas pleinement dans le processus.
L’évaluation à mi-parcours du Système LMD est une occasion inédite de repenser l’enseignement supérieur et de l’adapter aux exigences du XXIe siècle. Cependant, pour que cet exercice soit bénéfique, il doit transcender les simples formalités administratives. Une implication réelle et proactive de tous les acteurs de l’éducation est cruciale.
Il s’agit non seulement de répondre aux exigences de l’État, mais surtout de garantir un enseignement supérieur de qualité, capable de préparer les étudiants aux défis futurs. La balle est désormais dans le camp des établissements : sauront-ils saisir cette opportunité pour faire entendre leur voix tout en contribuant à l’amélioration du système éducatif ?
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













