Les résultats de l’Examen d’État 2025 sont tombés : 72 % de réussite dans trois provinces, des filles brillantes en sciences exactes, en mécanique générale, ou en latin-philosophie. Des chiffres qui sonnent comme une victoire, célébrés par un ministère brandissant l’intelligence artificielle et la décentralisation des corrections comme des talismans modernes.
Pourtant, derrière ces statistiques luisantes, une question taraude : comment des élèves affichant 80 % peinent-ils à aligner trois phrases sans faute à l’université ? Le débat est ancien, mais la polémique, elle, est plus cinglante que jamais. À une certaine époque, 50 % était une performance. Les anciens finalistes des années 1990, avec nostalgie, regrettent comme des “dinosaures” l’absence du par-cœur et des copies manuscrites.
Ils regardent avec un scepticisme teinté d’amertume ces taux de réussite vertigineux. Pour eux, l’Examen d’État était un sanctuaire de mérite, où chaque point se gagnait à la sueur de son front. Aujourd’hui, ils dénoncent un système où la correction serait devenue une formalité, accélérée par des scanners haute vitesse (160 items/minute ) et des algorithmes d’IA présentés comme infaillibles — mais qui, selon les détracteurs, escamotent les nuances humaines.
Les sujets seraient “adaptés” à la baisse, pour coller aux réalités d’un système éducatif en crise. Quand un élève de mécanique ne sait pas lire un schéma, mais obtient 84 %, qui trompe-t-on ? Face aux accusations, la nouvelle garde rétorque avec un argument-massue : la technologie est un nivellement par le haut. L’IA ne triche pas, elle optimise. L’IA éliminerait les biais subjectifs des correcteurs fatigués. Elle garantit une évaluation “rigoureuse et transparente”.
Les outils numériques (e-diplômes, scannage décentralisé) réduiraient les délais de publication, évitant les attentes anxiogènes d’autrefois. L’accès à l’information (MOOCs, bibliothèques en ligne) aurait nivelé les inégalités géographiques. Les 70 % d’aujourd’hui valeraient les 50 % d’hier. Pourtant, cette défense bute sur un écueil qui fait froid au dos. Il y a un écart abyssal entre les scores et les compétences observées sur le terrain.
Il existe un scandale silencieux. La RDC a affaire depuis peu à des diplômés foncièrement analphabètes. Le vrai drame se joue après l’Examen d’État. À l’université, la nation se retrouve avec des lauréats incapables de rédiger une dissertation sans fautes d’orthographe. Ils écrivent “sa va” et pourtant ont eu 85 % en pédagogie ou littéraire ! ). S’exprimer clairement à l’oral, même en français de base est un parcours de combattant.
Résoudre des problèmes concrets, malgré des notes flatteuses en sciences est utopique. Le système éducatif congolais produit des illusions statistiques, alimentées par la pression politique. Les taux de réussite sont devenus des indicateurs de performance ministérielle et gouvernementale. Il y a une obsession techniciste. Croire que l’IA résoudra magiquement les carences pédagogiques est une curiosité intellectuelle.
Le problème dépasse l’école. C’est une génération sacrifiée sur l’autel des apparences, où les employeurs se méfient des diplômes, préférant tester eux-mêmes les compétences. Les facultés doivent organiser des cours de rattrapage en grammaire et logique élémentaire. Le pays s’enfonce dans le paradoxe d’avoir une jeunesse “diplômée” mais inemployable. Une société qui ne sait pas identifier ses maux est condamnée à les répéter.
Et les remèdes ? Peut-être commencer par auditer les copies anonymement pour comparer les notes avec les compétences réelles, revaloriser la formation des enseignants, souvent abandonnés à leur sort et cesser de confondre innovation technologique et progrès éducatif. L’éducation n’est pas un algorithme. En 2030, quand l’IA corrigera aussi les thèses de doctorat, qui osera encore poser des questions ? Les résultats 2025 ne sont pas une victoire, mais un symptôme.
Celui d’un système qui a troqué l’exigence contre des pourcentages flatteurs, et l’esprit critique contre des illusions numériques. La technologie peut moderniser la correction, mais elle ne remplacera jamais le travail acharné, la rigueur intellectuelle — et le courage de dire : Non, 70 % ne sont pas mérités quand l’élève ne maîtrise pas les fondamentaux. Et cela n’a rien à voir avec l’autorité qui pilote le secteur de l’instruction publique.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













