Le 15 décembre 2024, Félix Tshisekedi, le président de la République Démocratique du Congo (RDC), se rendra à Luanda, en Angola, pour une rencontre avec le président rwandais Paul Kagame. Cette réunion, orchestrée sous la médiation de João Lourenço, suscite déjà de vives réactions, surtout au regard des déclarations passées de Tshisekedi.
Lors de la campagne électorale de 2023, Félix Tshisekedi avait juré qu’il ne rencontrerait jamais Paul Kagame, affirmant que cela ne se ferait qu’au ciel. Ces mots forts, qui résonnent comme un rejet catégorique des tensions historiques entre la RDC et le Rwanda, témoignaient d’un positionnement ferme. Pourtant, la réalité politique, souvent plus nuancée, a conduit à une évolution inattendue.
En avril 2024 déjà le chef de l’État congolais avait adouci son ton. Il a déclaré que s’il devait rencontrer Kagame, ce ne serait pas pour supplier ou négocier, mais pour le confronter. « Je lui dirai clairement, les yeux dans les yeux, que c’est un criminel, que ça suffit », avait-il martelé, affichant une volonté de fermeté qui pourrait apparaître comme une tentative de redorer son blason sur la scène internationale.
La ministre des Affaires étrangères de la RDC Thérèse Kayikwamba Wagner a révélé que l’objectif principal de cette rencontre est d’obtenir le départ des troupes rwandaises du territoire congolais. Cette exigence, qui soulève des questions sur la souveraineté et la sécurité nationale, pourrait bien être le point central des discussions à Luanda.
Cette évolution dans la posture de Félix Tshisekedi ouvre un débat important sur la nature des relations diplomatiques en Afrique centrale. Peut-on vraiment passer d’un discours virulent à une négociation diplomatique sans qu’il y ait un impact sur la perception du leadership ? Les promesses électorales peuvent-elles être mises de côté au nom de la nécessité d’une paix durable dans la région ?
Loin des idéaux de la campagne, Félix Tshisekedi se trouve face à un impératif : comment naviguer entre la nécessité d’une paix régionale et la pression de ses électeurs qui attendent des actes concrets contre l’ingérence rwandaise ? Ce rendez-vous à Luanda pourrait bien être un tournant, mais il soulève aussi la question de la crédibilité du discours politique face aux réalités diplomatiques.
Dans le jardin des nations surtout celles qui sont en conflit, la diplomatie est l’art de cultiver des fleurs de paix tout en apprivoisant les épines des conflits. Ainsi, le 15 décembre, tous les yeux seront rivés sur Luanda, où se joueront non seulement des enjeux régionaux, mais aussi l’avenir politique de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo sur la scène internationale.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













