Le rapport de la Commission d’enquête provinciale Économie et Finances (ECOFIN), portant sur la gestion des recettes publiques du premier trimestre 2025, a eu l’effet d’une déflagration dans le paysage politique et administratif du Haut-Uélé. Ses conclusions sont lourdes, précises et accablantes : la province est minée par une gouvernance financière défaillante, marquée par des détournements, une opacité chronique et un affaiblissement inquiétant des mécanismes de contrôle.
La gestion des recettes issues de la traversée de la rivière Nepoko, aux postes de Bolebole 1 et 2, illustre à elle seule ce dysfonctionnement généralisé. Selon la Commission, des fonds perçus n’ont jamais intégré les circuits officiels et auraient été redirigés vers des bénéficiaires non autorisés, parfois proches des centres de décision provinciaux. Face à ces accusations, le Gouverneur affirme n’avoir été informé. Une ligne de défense fragile, quand on sait que son cabinet compte 334 collaborateurs censés superviser et suivre les services publics.
La Direction Générale des Recettes du Haut-Uele (DGRHU) apparaît comme l’épicentre de ces dérives. Le rapport évoque sans détour une gestion chaotique et des manipulations de recettes, notamment par la minoration volontaire des fonds collectés. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 84 millions FC versés à des agents non officiellement nommés en seulement six mois, des recettes acheminées vers des comptes privés, des jetons de perception non traçables et des détournements avérés à Dungu et Nangazizi. Pour un service censé constituer le pilier financier de la province, le constat est alarmant.
Le malaise s’étend à la Direction du Trésor et de l’Ordonnancement. Son refus de transmettre des documents financiers essentiels à la Commission d’enquête a sérieusement compromis le contrôle des dépenses publiques. Une attitude qui, dans un contexte aussi sensible, nourrit davantage les soupçons qu’elle ne rassure.
À la Régie des Travaux Publics du Haut-Uele (RTPHU), l’enquête révèle une véritable bombe administrative : sur 299 agents recensés, 211 n’ont aucune nomination officielle. Pendant que des agents régulièrement nommés restent impayés depuis des années, d’autres sans statut légal perçoivent des salaires. Résultat : 280 millions FC de paiements irréguliers au premier semestre 2025, auxquels s’ajoutent 22 000 dollars américains introuvables, initialement destinés à des projets de construction de ponts. Le spectre des emplois fictifs et d’un système de détournement organisé plane lourdement.
L’Imprimerie provinciale n’échappe pas à ce désordre. Quatorze agents sur quinze y travaillent sans nomination officielle, au sein d’une structure sans budget clairement défini, mal équipée et coupée des services financiers chargés des imprimés de valeur. Un symbole supplémentaire de l’amateurisme administratif dénoncé par la Commission.
Plus largement, le rapport met en cause l’ingérence du Ministre provincial des Finances et du Directeur Général de la DGRHU dans l’affectation d’agents non qualifiés à des postes sensibles, une pratique assimilée à du clientélisme et du népotisme. Il relève aussi le non-respect quasi généralisé des procédures fiscales, une gestion des marchés publics dominée par le gré à gré, et l’implication présumée de certains collaborateurs du Gouverneur dans des détournements de fonds publics.
Au terme de cette enquête, une évidence s’impose : les irrégularités constatées ne sont ni accidentelles ni isolées. Elles traduisent une crise structurelle de gouvernance au sommet de l’exécutif provincial du Haut-Uele. L’argument de l’ignorance ne saurait tenir face à l’ampleur des faits documentés. Sans réformes profondes, sans sanctions exemplaires et sans une refonte réelle des mécanismes de contrôle, la province risque de rester enfermée dans un cycle de prédation des ressources publiques, au détriment du développement et de la confiance des citoyens.
François Anga Kupa
Journaliste et écrivain













