Dans un contexte où la RDC cherche à affirmer son leadership régional, la désignation de Floribert Anzuluni comme ministre de l’Intégration régionale dans le gouvernement Suminwa II n’est pas anodine. Homme de terrain, économiste aguerri et militant de la première heure, il incarne une nouvelle ère : celle d’une génération qui passe des barricades citoyennes aux leviers institutionnels, sans renier ses combats.
Kinois d’origine, exilé en Belgique à huit ans pour fuir les tumultes politiques, Floribert Anzuluni a très tôt saisi les contradictions de la diaspora africaine – déchirée entre attachement au pays et critique de ses dirigeants. Son retour au Congo après des études en sciences politiques (Université de Montréal, 2006) marque le début d’un engagement biface : expertise financière (Standard Bank, Ecobank) et activisme anticorruption.
Si son nom reste associé à la cofondation de Filimbi (2015) – mouvement réprimé, mais devenu référence pour la jeunesse engagée –, son vrai talent réside dans sa capacité à orchestrer des coalitions. Du Front Citoyen 2016 aux sommets stratégiques de Gorée (Sénégal) et Chantilly (France), il a su transformer l’opposition dispersée en force structurée, sans jamais céder à l’activisme stérile.
Après son exil, son retour en 2020 est méthodique : à travers NYFALM & Associés (premier cabinet congolais d’intelligence économique) et son rôle de conseiller pour The Sentry, il affine une grille de lecture implacable des réseaux d’influence et des flux financiers opaques. Une expertise qu’il met désormais au service non plus de la dénonciation, mais de l’action gouvernementale.
Sa mission ministérielle : faire de la RDC un pivot géopolitique. Sa feuille de route est claire : consolider l’intégration économique (SADC, COMESA, EAC) en capitalisant sur les ressources congolaises, défendre une diplomatie panafricaine proactive, loin des postures symboliques et créer des synergies entre secteur privé et politiques publiques pour une croissance inclusive.
Le paradoxe Anzuluni, c’est de savoir comment concilier l’exigence militante et les réalités du pouvoir ? Peut-on être à la fois un homme d’institution et un réformiste intransigeant ? Son parcours suggère une réponse : en faisant de son ministère un laboratoire où l’idéalisme se mue en pragmatisme, sans compromission sur l’éthique et la manière dont une génération recompose les règles du jeu politique en Afrique.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













