Le 4 août 2025, Kinshasa a accueilli un side event stratégique organisé par le Fonds National de Réparation des Victimes (FONAREV) et la Commission Interinstitutionnelle d’Aide aux Victimes et d’Appui aux Réformes (CIA-VAR), dédié à la reconnaissance internationale du génocide congolais. Un passé ignoré, un présent brisé, le génocide congolais est-il un crime sans nom ?
Cet événement historique dans un contexte d’oubli international, tenu en marge de la journée nationale de commémoration du 2 août, a rassemblé diplomates, survivants, experts juridiques et acteurs de la société civile pour briser le silence entourant les crimes de masse perpétrés en RDC depuis plus de deux décennies. Pourtant, derrière les discours et les promesses, se cachent des questions cruciales.
Pourquoi cette reconnaissance tarde-t-elle ? Quels sont les obstacles politiques et économiques à surmonter ? Et surtout, comment transformer cette mobilisation en justice concrète pour les victimes ? La RDC a été le théâtre de violences systémiques depuis les années 1990, avec des massacres, des viols massifs et des déplacements forcés qui répondent aux critères de la Convention sur le Génocide de 1948.
Pourtant, malgré des rapports accablants (ONU, ONG), aucune instance internationale n’a officiellement reconnu ces atrocités comme un génocide. Les massacres dans l’Est (Ituri, Kivu), où des groupes armés ont ciblé des communautés entières avec une brutalité planifiée. L’absence de volonté politique au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU, où des intérêts géostratégiques (notamment liés à l’exploitation minière) étouffent les demandes de justice.
L’offensive de FONAREV et CIA-VAR est une stratégie multidimensionnelle. Lors de l’événement, les organisateurs ont déployé une approche pluridisciplinaire. Un plaidoyer juridique avec une présentation de preuves documentées (témoignages, rapports d’enquête) pour étayer les accusations de génocide, une mobilisation diplomatique avec un appel à un positionnement clair des États membres de l’UA et de l’ONU.
Avec un focus sur les pays africains souvent réticents à s’aligner contre des partenaires économiques. Un entretien de la mémoire collective avec des témoignages de survivants, comme celui d’une femme de Bunia évoquant le massacre de sa famille sous le regard passif des Casques bleus. Cette reconnaissance n’est pas une faveur, c’est un droit. Le silence international est une seconde mort pour nos victimes.
Il y a un écueil de l’impunité économique sur le conflit d’intérets. Les multinationales exploitant les minerais (cobalt, coltan) dans les zones touchées freinent toute reconnaissance qui pourrait entraîner des sanctions économiques. Mais aussi sur le rôle trouble de certains pays voisins (Rwanda, Ouganda), accusés par des rapports d’experts de soutenir des groupes armés, mais protégés par leur influence géopolitique .
Créé par la Loi n°22/065, FONAREV a pour mission de réparer les victimes, mais seulement 0,1% du budget national lui est alloué, selon des ONG locales. Le FONAREV serait-il un outil sous-financé qui a une dépendance aux donateurs ? Son fonctionnement repose largement sur des fonds étrangers (UE, ONU), ce qui limite son autonomie. Y a-t-il des pistes pour une reconnaissance effective au-delà des colloques ?
Comment exiger des réparations internationales quand l’État congolais ne consacre pas lui-même les moyens nécessaires à sa propre institution ? Faut-il un tribunal hybride sur le modèle Centrafricain ? La Cour Pénale Spéciale (CPS) en RCA, mixant juges nationaux et internationaux, pourrait inspirer la RDC. Il a l’avantage de contourner les blocages de la CPI, souvent perçue comme partiale. Il y a un risque.
Il nécessite un soutien financier massif, difficile à obtenir sans pression occidentale. Il faut activer l’arme des réparations collectives. Le programme de réparations ordonné par la CPI dans l’affaire Katanga a montré des résultats concrets (soutien psychosocial, microcrédits), mais a pris 10 ans pour être mis en œuvre. Il faut donc créer un fonds africain autonome, alimenté par des taxes sur les minerais des zones conflictuelles.
Il y a une bataille médiatique à mener pour une stratégie gagnante. Il faut amplifier les réseaux sociaux : une campagne virale (#Genocost, #JusticePourLeCongo) a déjà émergé lors du colloque de juillet 2025. La reconnaissance du génocide congolais est la première étape d’une longue marche. L’initiative de FONAREV et CIA-VAR est louable, mais elle ne suffira pas sans une mobilisation populaire.
Impliquer davantage les jeunes et les artistes congolais pour porter le message. S’appuyer sur des pays comme l’Afrique du Sud ou le Mexique, historiquement sensibles aux luttes anticoloniales. Poursuivre les entreprises complices devant les tribunaux étrangers. Reconnaître le génocide congolais, c’est accepter de réécrire l’histoire – non pas comme une tragédie lointaine, mais comme un crime en cours, dont les bénéficiaires sont encore en liberté.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













