Le 29 juillet 2024, Pékin a été le théâtre d’un événement marquant : le forum sino-africain de coopération numérique a ouvert ses portes, attirant l’attention sur les ambitions numériques de nombreux pays africains. La RDC qui a passé un quinquennat erratique dans ce domaine avec Désiré Cashmir Eberande Kolongele essaie de se rattraper.
Parmi les participants, le Ministre congolais des Postes, Télécommunications et du Numérique, Augustin Kibassa Maliba, a pris les rênes de cette initiative, représentant la RD Congo dans une démarche qui pourrait redéfinir l’avenir numérique du pays.
Le 30 juillet 2024, le Ministre Maliba a effectué une visite au Centre d’informations d’État chinois à Beijing, accompagné de Wu Wenhua, Vice-président en charge des Systèmes d’Information et de Communication. Cette rencontre a permis au Ministre d’obtenir des informations précieuses sur le Réseau National d’e-gouvernement et le Service Cloud du Gouvernement chinois.
Avec une capacité impressionnante de 150M et 30M, et une structure reliant 225 départements au niveau central, la Chine démontre un savoir-faire en matière de gouvernance numérique. Il est par ailleurs particulièrement frappant de noter que chaque province en Chine dispose d’un bureau dédié à l’analyse des cyberattaques, capable de traiter jusqu’à dix mille attaques par jour.
Cette infrastructure robuste est un exemple que la RDC, et plus largement l’Afrique, pourrait envisager d’adopter pour renforcer sa cybersécurité face à un monde de plus en plus connecté. Les déclarations du Ministre Kibassa Maliba soulignent une volonté d’apprentissage et d’adoption du modèle chinois : « Nous avons une collaboration étroite avec Huawei, et cette visite nous permettra de nous inspirer de votre modèle pour réaliser nos ambitions numériques. »
Toutefois, cette aspiration soulève une question cruciale : jusqu’où l’inspiration se transforme-t-elle en dépendance ? La RDC, riche en ressources naturelles mais souvent entravée par des infrastructures numériques insuffisantes, se trouve à un carrefour. S’inspirer des modèles de gouvernance numérique de pays comme la Chine peut offrir des opportunités, mais il est essentiel que cette coopération ne se traduise pas par une aliénation technologique.
L’Afrique doit veiller à développer ses propres solutions adaptées aux réalités locales, sans devenir un simple réceptacle des technologies et des modèles étrangers. La visite au siège de Huawei pour participer à une table ronde sur la 5G en Afrique souligne une tendance croissante : la recherche d’intégration des technologies avancées dans le développement économique du continent.
La 5G représente non seulement une avancée technologique, mais également une promesse de transformations économiques et sociales. Cependant, l’Afrique doit naviguer avec prudence sur cette voie. Les enjeux de souveraineté numérique, de sécurité des données et de respect des droits des citoyens doivent être au cœur des discussions.
Le forum sino-africain de coopération numérique est une occasion unique pour la RDC et l’Afrique de repenser leur avenir numérique. La visite du ministre Maliba et ses échanges avec les acteurs chinois sont prometteurs, mais ils doivent s’accompagner d’une réflexion profonde sur la manière de bâtir des partenariats équilibrés.
Il est impératif que l’Afrique, au lieu de se contenter de copier des modèles, forge son propre chemin, intégrant les leçons apprises tout en préservant son identité et sa souveraineté. La technologie doit être un levier d’émancipation, et non un outil de dépendance.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













