Le 22 novembre 2024, Kinshasa a accueilli une rencontre qui pourrait bien s’inscrire dans les annales comme un exemple parfait de la déconnexion entre les discours politiques et les réalités sur le terrain. Le gouverneur Daniel Bumba, visiblement en quête de solutions miracles, a reçu une délégation de la société américaine Nation Waste, conduite par sa PDG, Maria Rios.
Ce qui aurait pu être un tournant pour la gestion des déchets dans la capitale congolaise s’est rapidement transformé en une opération de communication à sens unique. Maria Rios prétend que les déchets sont une « opportunité » pour Kinshasa, tant en termes d’emploi que de croissance économique. Mais cette déclaration, aussi séduisante soit-elle, masque une réalité bien plus sombre.
Comment peut-on parler d’opportunités lorsque la ville croule sous des millions de tonnes de déchets mal gérés ? Loin d’être une solution, cette approche ressemble davantage à une tentative de verdissement d’une image d’entreprise, tout en ignorant les véritables défis auxquels la population fait face au quotidien. Le discours sur un « plan solide » pour la gestion des déchets est tout aussi déconcertant.
Kinshasa a déjà connu de nombreuses promesses de réformes et d’initiatives, mais peu ont abouti à des résultats tangibles. La venue de Nation Waste ne fait que relancer la question : pourquoi faire appel à une entreprise étrangère pour résoudre des problèmes qui devraient être traités par des acteurs locaux ? Ne serait-il pas plus sage de mobiliser les ressources et les compétences locales avant de se tourner vers l’étranger ?
Et que dire de l’économie circulaire ? Ce concept, qui devrait être au cœur de toute stratégie de gestion des déchets, est souvent évoqué comme un slogan sans véritable substance. Dans un contexte où les infrastructures sont défaillantes et où la corruption gangrène les initiatives locales, l’idée d’une économie circulaire mise en œuvre par une entreprise américaine semble plus proche du fantasme que de la réalité.
Il est également crucial de se demander si Nation Waste, malgré sa réputation aux États-Unis, a vraiment l’intention d’investir à long terme à Kinshasa. Les entreprises étrangères sont souvent motivées par le profit à court terme, laissant derrière elles des communautés épuisées et des promesses non tenues. Les exemples de ce type d’intrusion économique sont légion.
L’histoire récente est remplie de sociétés qui viennent, exploitent, puis s’en vont, laissant les villes dans un état encore plus déplorable. La visite de Nation Waste à Kinshasa ne devrait pas être célébrée comme un succès, mais plutôt dénoncée comme une nouvelle illustration de la naïveté de nos dirigeants face aux promesses des entreprises étrangères.
La gestion des déchets ne peut pas être un simple slogan ou une opportunité d’affaires ; elle nécessite un engagement réel, des ressources locales et une volonté politique ferme. Tant que ces éléments resteront absents, Kinshasa continuera de s’enliser dans ses déchets, tandis que les discours fleuris des politiciens et des entrepreneurs étrangers se transformeront en poussière.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













